La baleine samaritaine

20 juil. 2004

56ème Commission Baleinière Internationale.
Sorrente -Italie
Communiqué n°3

Coalition francophone – ECCEA, Robin des Bois, ASMS OceanCare

Le Japon a demandé à ce qu’un nouveau point intitulé  » Future chasse durable à la baleine – pleine utilisation des baleines tuées  » soit inscrit dans l’agenda de la 56ème session plénière de la CBI. Le but avoué de cette manœuvre qui laisse plus d’une délégation perplexe est de présenter un historique de la chasse à la baleine, en particulier en Antarctique, en soulignant les multiples utilisations possibles des différentes parties des baleines tuées. Pour cela, le Japon se réfère au développement durable et à l’article VIII 2 de la Convention fondatrice de la CBI qui stipule que  » toutes les baleines prises sous ces permis spéciaux (permis scientifiques) doivent autant que possible être traitées et les recettes seront réparties selon les orientations fixées par le pays titulaire du permis ».

Le Japon sait mieux que quiconque que le marché de la viande de baleine est moribond et non-rentable étant donnés les frais à engager pour armer les navires de chasse et le peu d’appétit des populations pour la viande de baleine. Il s’agirait donc de ressusciter une industrie du luxe beaucoup plus lucrative, axée sur les autres sous-produits de la baleine comme l’ivoire ou le spermaceti du cachalot. Jusqu’alors, le Japon n’a délivré aucune information à la Commission sur la vente ou la distribution de ces produits obtenus dans le cadre de la chasse scientifique (13 cachalots tués entre 2001 et 2003). Pour sûr, ils n’ont pas été rejetés à la mer. Un cachalot contient entre 1 et 3 tonnes de spermaceti. Il se vendait au moins 70 euros le kilo avant l’entrée en vigueur du moratoire sur la chasse commerciale. Le spermaceti était présenté comme un remède miracle contre les meurtrissures, les contusions internes, les toux, les abcès, les diarrhées, les ulcères, la vérole, les pustules …. Le spermaceti, appelé aussi blanc de baleine, s’est surtout fait une réputation grâce à son appellation inspirée du nom de la semence mâle du cachalot. Les apothicaires se sont bien gardés de faire savoir au grand public qu’il s’agissait d’une supercherie, afin de préserver l’idée de rareté extrême et de puissance. En fait, le spermaceti est situé dans la subdivision inférieure de la tête du cachalot.

Le Japon n’a jamais été en reste pour mener des campagnes de promotion des produits de la baleine. Encore aujourd’hui, les slogans affirment qu’en manger rend en bonne santé physique et psychologique. Chaque partie peut techniquement être utilisée, transformée et vendue, pour peu que le marketing fasse référence à des pouvoirs mystérieux venus de la profondeur des océans.

Les os broyés étaient employés comme engrais, les fanons servaient à faire des parasols, éventails, baguettes d’écuyers et des corsets, les côtes et les ossements étaient utilisés comme matériaux de construction, le sang et la bile servaient à faire des vernis et colorants, des vitamines étaient extraites du foie … Il y a 20 ans, il n’était pas possible ou d’usage de confectionner des sacs à mains en peau de baleine mais aujourd’hui, la maroquinerie qui s’est déjà attaquée aux peaux de requins et de saumons n’aurait aucun mal à susciter un vif intérêt des consommateurs.

En attendant une éventuelle levée du moratoire sur la chasse commerciale, la stratégie est de préparer le terrain publicitaire et commercial. En Europe, il est interdit d’importer et de commercialiser toutes parties ou sous-produits des baleines depuis 1981.

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