Le Havre: le Port Autonome stocke des déchets radioactifs

23 févr. 2001

Depuis 1995 des précautions sont prises pour encadrer les chantiers de démolition des usines d’engrais phosphatés. En effet, un portique de détection de la radioactivité installé chez un ferrailleur de la région parisienne s’était déclenché à l’arrivée d’un camion en provenance d’une usine de ce type appartenant à Rhône-Poulenc près de Lyon. Les usines d’engrais phosphatés utilisent des phosphates naturellement riches en uranium. Au fil de plusieurs dizaines d’années d’activité, des tartres radioactifs contenant principalement de l’uranium et du radium 226 -particulièrement toxique- se sont accumulés dans les installations. Suite à cette alerte, la démolition d’une usine analogue dans la zone industrielle et portuaire du Havre a fait l’objet à la demande de Robin des Bois d’un arrêté préfectoral imposant un protocole de démontage et de traitement validé par l’Office de Protection contre les Radiations Ionisantes (OPRI). Une attention particulière devait être portée sur l’atelier d’épuration de l’acide phosphorique et sur les bases des bacs de stockage d’acide.

Pendant 3 ans le chantier a stocké, trié, décontaminé sur place et évacué des milliers de tonnes de déchets métalliques, sédimentaires, végétaux, ainsi que les tenues de protection des ouvriers. Depuis la fin des travaux en décembre 1998, trois conteneurs et huit bennes « open top » restaient sur place, renfermant des terres et de l’amiante radioactifs. Malgré les nombreuses demandes de Robin des Bois visant à l’évacuation et au stockage de ces matériaux dans des conditions fiables et professionnelles, la solution adoptée par les pouvoirs publics et le producteur des déchets relève du bricolage. Sur un terrain du Port Autonome du Havre a été édifié en 3 semaines un sarcophage de béton à l’intérieur duquel ont été subrepticement entassés les bennes et conteneurs radioactifs, dépourvus de tout étiquettage règlementaire. Le chantier ne fait l’objet d’aucune information extérieure, et ne repose que sur un simple arrêté préfectoral autorisant « une station de transit  » pouvant contenir 122,262 tonnes de déchets faiblement radioactifs. La porte du sarcophage devait être scellée aujourd’hui à 13 h. La présence des militants de Robin des Bois a empêché les ouvriers de procéder à la fermeture du bunker.

Au-delà de l’exemple du Havre, c’est toute la gestion des déchets faiblement ou très faiblement radioactifs produits par des industries non-nucléaires comme l’industrie des engrais, l’industrie des terres rares, la métallurgie aéronautique, qui est en cause. Le risque existe de voir fleurir, à proximité des usines mettant en oeuvre des matériaux radioactifs, des petits stockages de surface de déchets dangereux pendant plusieurs centaines d’années, et à terme oubliés.

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