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Les vaches-poubelles

Toutes les études concordent. Les vaches en broutant l’herbe, en mangeant du foin et du maïs d’ensilage avalent des déchets métalliques et des déchets de plastique. Ces ingestions provoquent des tumeurs, des infections, des maladies mortelles.

En France, Interbev (Interprofession bétail et viande) estime à 60.000 le nombre de gros bovins victimes de tumeurs et d’infections provoquées par l’accumulation de déchets dans la panse. Ces 60.000 victimes font l’objet d’une saisie partielle ou totale dans les abattoirs, et dans ce dernier cas leur viande n’est pas commercialisée. Il est probable que le nombre de vaches affectées par cette maladie des déchets soit supérieur au bilan officiel et que la mortalité induite avant l’arrivée à l’abattoir ne soit pas quantifiée. Les symptômes de la maladie des déchets sont diffus et peuvent être attribués par les éleveurs et les vétérinaires à d’autres pathologies.

L’ONG Recycling Netwerk Benelux estime qu’aux Pays-Bas, entre 11 et 13.000 vaches souffrent chaque année de lésions de l’appareil digestif à cause de l’ingestion des déchets et qu’environ 4000 vaches en meurent. La perte économique annuelle est estimée entre 10 et 17 millions d’euros. Dans la province belge des Flandres, le bilan annuel est estimé toujours selon Recycling Netwerk Benelux à 5 à 6000 vaches blessées par an avec une mortalité de 2000 à 2500. La majorité des déchets ingérés seraient des canettes de boisson entières jetées dans les prairies par des usagers de la route ou des promeneurs puis écrasées par le piétinement du bétail ou broyées par les engins agricoles. Des fragments de canettes se retrouveraient aussi dans le foin et seraient absorbés par le bétail pendant l’hiver. Un apport marginal serait amené dans les champs par des corvidés s’emparant de canettes dans les fossés pour construire ou consolider les nids et qui les laisseraient tomber avant d’y arriver.

Les facultés de médecine vétérinaire de Montréal et de Liège décrivent des péritonites, et des péricardites traumatiques dues à la pression des déchets sur les parois de la panse voire à leur migration.

Aux Etats-Unis, les déchets retrouvés à l’abattoir dans les panses des vaches sont par ordre décroissant des filins métalliques en provenance des pneus hors d’usage, des barbelés de clôture, des tournevis, des clous, des bouts de fer, d’acier, de cuivre et d’aluminium. Dans les ranchs, les pneus hors d’usage sont recyclés en auges, en brise-vent et dans certains cas en clôtures de corral.

Le monde agricole prétend avoir trouvé une parade. Beaucoup d’éleveurs aux Etats-Unis, au Canada, en Europe et notamment en France introduisent dans la panse des vaches des aimants pesant de 100 g à 1,3 kg. Interbev préconise l’administration systématique d’aimants aux bovins. Selon des témoignages directs d’agriculteurs, l’acidité gastrique dégrade au fil du temps les aimants et il serait nécessaire pour que le dispositif garde son efficacité présumée d’introduire un aimant neuf tous les 3 à 4 ans. La gestion des déchets est une priorité. Le bien-être animal en est une autre. Il y a dans l’introduction forcée d’aimants dans l’œsophage et dans la panse des ruminants avec des guides poussoirs de 55 cm de long quelque chose de dangereux et d’inacceptable.

Certains conseillers agricoles privilégient le placement des aimants dans les mélangeuses d’aliments afin de retenir la plupart des déchets métalliques avant l’ingestion. Peter Lenferink, un éleveur hollandais a observé dans ces aimants-boîtes préventifs des macrodéchets métalliques mais aussi le dépôt régulier d’une limaille micrométrique dont l’origine et les effets quand elle est ingérée restent à déterminer.

Selon la profession, les pneus hors d’usage sont la première cause de la maladie des déchets qui s’abat sur les bovins. En France, l’Ademe estime qu’il y a environ 800.000 t de pneus hors d’usage dans les élevages, soit environ 80 millions de pneus qui exposent les animaux et pas seulement les bovins à l’ingestion accidentelle de 120.000 t de fils d’acier qui se délitent au fil du temps et sortent de la gomme cuite par l’usure, les pluies et le soleil. Depuis octobre 2015, la couverture des bâches d’ensilage par des pneus hors d’usage n’est plus considérée comme une action de recyclage mais les 800.000 t sont toujours en place.

A plusieurs reprises, l’ONG Robin des Bois a proposé aux Chambres d’Agriculture, aux syndicats agricoles, à Adivalor, au Ministère de l’écologie et au Ministère de l’agriculture et aux autres parties prenantes de mettre au point en commun un plan progressif et hiérarchisé de retrait mais l’immobilisme continue à régner et les pneus hors d’usage à héberger les larves de moustiques, à alimenter des incendies et à nuire aux cheptels domestiques et à la biodiversité.

S’il existe des stratagèmes pour capter une partie des déchets métalliques et réduire les risques de perforation des organes vitaux des vaches, il n’en existe pas pour capter les morceaux et éclats de plastique aussi perforants et encombrants que les déchets métalliques et encore plus toxiques. Ces déchets de plastique proviennent de la fragmentation d’emballages professionnels dispersés dans le périmètre des élevages, notamment près des stabulations ou atterris dans les haies ou dans les champs à cause des négligences urbaines, des inondations et des éventrations par les crues de décharges oubliées. Les plastiques durs consommés par le bétail sont aussi une cause importante de la maladie des déchets. C’est un argument majeur et relativement peu connu qui pousse davantage encore à un plan déterminé de prévention et de gestion des décharges sauvages.

V5

 

Voir aussi :
Sète, le port qui ne pense pas bête, 26 novembre 2018 [1]

 

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Sources

Recycling Netwerk [2]
Bayrou Calixte, Casalta Hélène, Couffin Claire, Djebala Salem, Sartelet Arnaud, Touati Kamal, Diagnostic et traitement de la péricardite chez les bovins [3], Le Point Vétérinaire, n° 379, octobre 2017, pp. 60-67
Blog Trioliet, Un aimant dans les mélangeuses pour éviter la réticule-péritonite traumatique [4], 13 mars 2018,
INTERBEV, Les saisies de viande en abattoir désormais consultables par les éleveurs!, 24 août 2017, Fiche 5 p. 10-11 [5]
Smith Thomas Heather, Cattle are susceptible to hardware disease from ingesting foreign material [6], Wyoming Livestock Roundup, mars 2013
Torell Ron, Cow Camp Chatter – Hardware disease, Nevada Cattlemen’s Association [7]
Saint-Pierre H. Y. , Teuscher E., Paul M., Bergeron R., Abcès consécutifs à l’administration orale d’un aimant à une vache, The Canadian Veterinary Journal, n°25 vol. 5, mai 1984, p. 204-206
Van der Bles Robin, ALS BLIKKEN. KONDEN DODEN. Een schatting van de economische gevolgen van zwerfafval voor de veehouderij in Nederland en Vlaanderen, 20 février 2018, p. 1-98
Décret n° 2015-1003 du 18 août 2015 relatif à la gestion des déchets de pneumatiques [8]