Les baleines au service des océans

28 sept. 2026

70ème Commission Baleinière Internationale
Communiqué n°1

Aujourd’hui s’est ouverte à Hobart en Tasmanie (Australie) la 70ème réunion plénière de la Commission Baleinière Internationale (CBI). Les baleines ont le privilège exclusif dans le règne animal de bénéficier d’une convention mondiale, ce qui démontre leur importance biologique, économique, sociale et culturelle. La baleine a nourri et éclairé l’humanité jusqu’à la quasi-extinction. Aujourd’hui, c’est une survivante et une légende immortelle. Il est grand temps de reconnaître son rôle clef et son utilité dans les écosystèmes.
Les services rendus par les baleines ont été mis en évidence par Craig Smith, professeur en océanographie de l’université d’Hawaï. Dès 1987 il a démontré la fertilité des carcasses de baleines au fond des océans et leurs utilités pour la biodiversité. Robin des Bois a contribué à faire connaître ces travaux dans le rapport “De l’utilité des baleines” publié en 2009 et dans le communiqué “Les poissons mangent les baleines” de 2011 (1). En 2016 et en 2018, la CBI a voté deux résolutions demandant au Comité Scientifique d’approfondir les recherches sur les contributions positives des baleines aux écosystèmes, une véritable rupture par rapport au discours négatif des pays chasseurs de baleines les accusant systématiquement de piller les stocks de poissons.

Grands cachalots (Physeter macrocephalus) aux Açores © Wayne and Pam Osborn

A Hobart va être présenté un rapport sur “le rôle des baleines dans le fonctionnement des services écosystémiques marins” (2). A titre d’exemples, il rappelle le rôle des baleines comme ingénieurs des écosystèmes. Elles modifient les habitats par leurs cycles répétés de plongée et de remontée à la surface. Ce brassage vertical favorise la répartition des nutriments, de l’oxygène et de la chaleur entre les différentes strates de la colonne d’eau. Les baleines au cours de leurs migrations depuis les zones à haute productivité comme l’Arctique et l’Antarctique stimulent la production planctonique dans les océans à faible productivité via leurs excrétions, leurs matières placentaires et éventuellement leurs carcasses. Quand elles ne sont pas chassées ou tuées par d’autres activités humaines, les baleines qui ont une espérance de vie égale à 100 ans ou plus stockent sur le long terme des quantités substantielles de carbone, notamment les baleines boréales qui peuvent vivre 200 ans. Après la mort, les carcasses de baleines agissent comme des stockages naturels de carbone quand elles gisent par 1000 m de profondeur ou plus. Les carcasses sont aussi des oasis qui enrichissent les grands fonds marins et permettent sur le long terme le développement d’écosystèmes spécialisés. Les auteurs du rapport ont dans un premier temps concentré leurs recherches sur les baleines à bosse dans le sud-est de l’Alaska. Ils estiment que grâce au seul cycle des nutriments, les baleines à bosse augmentent chaque année la productivité des pêcheries locales à hauteur de 5,9 millions d’US$. Les auteurs soulignent que les rôles positifs des baleines sont actuellement exclus des évaluations économiques, ce qui aboutit à un sous-investissement systématique dans leur conservation.
Le rapport recommande à la CBI d’une part d’organiser un atelier pratique et interdisciplinaire d’écologistes, d’économistes, de modélisateurs afin de valider et d’améliorer la méthodologie et d’autre part de créer un groupe de travail formel afin de coordonner les études et de les étendre à d’autres espèces et d’autres zones de l’océan mondial. L’horizon de ces travaux pourrait être la prochaine CBI qui se tiendra dans 2 ans mais il n’est pas exclu que leur complexité retarde cette échéance. Les auteurs souhaitent que les conclusions de ces travaux techniques soient traduites en termes clairs et exploitables par les décideurs. Il est probable mais pas certain que la réunion d’Hobart fasse un accueil favorable à ces recommandations, sous réserve de financements disponibles. Le Comité Scientifique souhaite que des recherches analogues sur le rôle des dauphins et des marsouins dans le fonctionnement des écosystèmes soient entreprises.

Adipicola pacifica, bivalve à des densités de 100.000 individus/ m² sur un squelette de cachalot
© Fujiwara et al. 2007

 

(1) “De l’utilité des baleines”, version mise en jour en avril 2010
“Les poissons mangent les baleines”, juillet 2011
(2) “The contribution of whales in supporting marine ecosystem services”, Marcello Hernández-Blanco, Heidi Pearson, Javier Rodríguez-Fonseca, Robert Costanza et Felipe Gandra, mars 2026

 

 

 

 

Imprimer cet article Imprimer cet article