Gaz: la sécurité enterrée
Objet : Gazoducs
Robin des Bois en octobre 1997, après un parcours du combattant administratif, a été destinataire de l’étude de sécurité du gazoduc Norfra important depuis la Norvège jusqu’à Dunkerque et Loon-Plage sur une section terrestre d’environ 3 km 700 du gaz naturel non-odorisé. Entre le point d’atterrage et le terminal de comptage et d’odorisation, Norfra traverse un corridor Seveso occupé par 4 usines et un boulevard industriel et ferroviaire consacré aux matières dangereuses. Norfra est en quelque sorte le frère jumeau du gazoduc sinistré en Belgique.
La ruée vers le zef
Des prospecteurs avides sillonnent les Far-West français et les sud pour détecter les sources de vents et installer dans des communes crédules et désargentées, chez des ex-agriculteurs intéressés, sur des paysages à dénaturer, des installations industrielles, machines à bruit et à décapiter, à vocation électrogène, plus connues sous le doux vocable de fermes éoliennes. Il n’est pas un plateau, une plaine, une falaise, une crête, un récif qui ne soient menacés par un capitaliste du vent.
On pollue et on s’en va
Les Cellatex ont fait des émules. Ils ont fait aussi leur chemin. Désormais, ouvriers et ouvrières manipulent les matières dangereuses et font des chantages au bord des rivières. La Chiers dans les Ardennes et en Meurthe-et-Moselle, avec Cellatex et Daewoo, la Deûle dans le Nord, avec Metaleurop et Coventry, sont les plus touchées.
La Moselle est aussi sous le feu des projecteurs sociaux. Les rivières et plans d’eau des Vosges sont déjà pollués par des déversements plus ou moins accidentels d’hydrocarbures, de teintures, de produits de traitement du bois, de déchets agricoles générés par de mauvaises pratiques et un mauvais état général du tissu industriel. Après les tissages de Ramonchamp, cet été, c’est aujourd’hui la Blanchisserie et Teinturerie de Thaon-les-Vosges, qui menace l’affluent du Rhin.
Seveso et le Charles-de-Gaulle
Robin des Bois est hostile à la venue en baie de Seine du porte-avions nucléaire Charles-de-Gaulle, comme de tout autre bâtiment militaire ou commercial propulsé par l’énergie atomique.
L’environnement régional est déjà assez cerné par les risques industriels, maritimes, et pyrotechniques, pour ne pas envisager d’y rajouter le risque nucléaire et les rejets chroniques de deux réacteurs.
Le Conseil Général dit qu’une étude de sûreté est en cours. Pour nous, elle est déjà faite : il est inconcevable d’inscrire, ne serait-ce que pour quelques jours le Charles-de-Gaulle et son potentiel de risques dans le périmètre de la zone létale ou des effets irréversibles des usines et stockages assujettis à la directive Seveso ; Robin des Bois pense en particulier aux stockages pétroliers de la CIM.
Bail masqué au Sénat et à l’Assemblée
objet: projet de loi relatif à la prévention des risques technologiques et naturels et à la réparation des dommages.
Pas d’information pour les locataires demeurant dans les périmètres de danger des usines et des cours d’eau à risques technologiques et naturels majeurs. Seuls au moment des transactions seront informés les futurs propriétaires; la “sagesse” des sénateurs s’est rangée aux arguties de leur rapporteur prétendant que “les cas de reconduction tacite et les baux verbaux sont encore nombreux dans le monde rural et que l’obligation d’information devrait être limitée aux contrats qui requièrent l’intervention d’un officier public”.
Des risques à la trappe (et des gros)
Objet: projet de loi sur la prévention des risques technologiques et naturels
Soumis ce matin au Conseil des Ministres, le projet de loi renforçant la prévention des risques technologiques et naturels présente des avancées par rapport aux treize versions antérieures consécutives à la catastrophe de la plate-forme chimique de Toulouse. Mais, malgré les suggestions des spécialistes et le préambule de la directive européenne dite Seveso II, des lacunes subsistent dans l’inventaire des sites, ou regroupements de sites exposés à des risques majeurs.
21 septembre: 10h17
A Toulouse, les causes de l’explosion instantanée du nitrate d’ammonium stocké dans le hangar 221 d’AZF ne sont pas élucidées. L’accumulation des vétustés et négligences, chez AZF, mise en avant par les enquêteurs ne suffit pas à expliquer la catastrophe. Ce sont des éléments de contexte qui n’ont, jusqu’à preuve du contraire, aucune influence sur l’origine des faits. C’est dans l’ensemble de la plate-forme chimique que doivent s’orienter les investigations et les recherches d’explication, notamment dans les sols, sous-sols, bras morts de la Garonne, et dans le domaine du transport et de la production d’électricité. En attendant de connaître la vérité – et pas cette vérité unique sur la responsabilité d’AZF, déroulée une heure à peine après la catastrophe et ressassée sans relâche depuis un an – toute activité industrielle même stratégique comme la fabrication à la SNPE des carburants pour l’industrie spatiale et militaire doit être suspendue.
Trafic d’acide à Calais
Le Ievoli Sun et le Balu n’ont pas suffi. Le premier a coulé dans la Manche avec 4.000 tonnes de styrène, le second a coulé au large du Golfe de Gascogne avec 6.000 tonnes d’acide sulfurique. C’était le 31 octobre 2000 et le 20 mars 2001.
Un autre chimiquier venu charger de l’acide sulfurique est immobilisé depuis plusieurs jours par les Affaires Maritimes dans le port de Calais. Dès son entrée le 8 avril, il a attiré l’attention des observateurs portuaires. Il était précédé par une mauvaise réputation et scruté par les Affaires Maritimes, qui n’ont cependant pas entrepris d’inspection lors de son arrivée. Des fuites sont survenues en cours de chargement au niveau des tuyauteries et vannes de pompage. Ces opérations ont été interrompues. Une inspection a eu lieu. Il a été décidé en fin de semaine dernière de vider le navire des 2.000 tonnes d’acide sulfurique déjà embarquées.
AZF – SNPE Toulouse
La fermeture définitive de l’usine AZF de Toulouse ne résout pas le problème des origines et responsabilités de la catastrophe survenue le 21 septembre 2001 sur la plate-forme chimique. L’hypothèse la plus plausible relève d’une anomalie dans le transport et la distribution d’électricité sur l’ensemble de la plate-forme. L’arc électrique proviendrait des transformateurs ou de la centrale électrique de la SNPE. Il pourrait avoir été aggravé par des déchets liquides, solides ou gazeux enfouis dans les sols ou sous-sols de ce complexe industriel et militaire historique. Sans pouvoir tirer de conclusions définitives en l’état des informations disponibles, l’association Robin des Bois recommande que toutes les études de dangers portant sur des usines ou des groupes d’usines assujettis à la directive Seveso prennent en compte les risques électriques, les pollutions des sols et sous-sols et les risques des sources scellées radioactives couramment utilisées dans l’industrie chimique. La fermeture de l’usine de Toulouse va entraîner dans tout le sud-ouest de la France une multiplication des transports routiers et maritimes de nitrate d’ammonium.
Toulouse: pôle chimique ou pôle électrique ?
Après les hypothèses fantaisistes sur le nitrate d’ammonium pollué par des feuilles mortes, des déchets de plastique, ou mis en explosivité par le bitume du hangar 221, les techniciens considèrent aujourd’hui une piste plus cohérente.
AZF aurait été victime d’un effet domino, une de ces cascades d’accidents prises en compte par la directive Seveso II. La source initiale de la catastrophe proviendrait d’un arc électrique consécutif à un dysfonctionnement de la ligne aérienne de 63.000 volts reliant un poste de distribution EDF situé au nord de la plate-forme chimique et un transformateur de la SNPE. La SNPE aurait déjà connu des problèmes techniques sur ce poste un mois avant la catastrophe. Des poches de méthane générées par la dégradation d’alluvions de la Garonne pourraient avoir renforcé l’effet d’amorçage de l’arc électrique selon des milieux proches de l’enquête. A notre sens, d’autres déchets que le méthane pourraient être incriminés.