Vendredi 15 août 2025 – 18h.
Dans les archives de Robin des Bois.
Extrait du journal “La Flèche” n°8 publié en février 1989:
Octobre 1888 : 13 baleiniers sont pris dans les glaces au nord de l’Alaska [l’Alaska a été vendu aux USA par l’Empire russe en 1867]. Les 500 membres de l’équipage et les fûts d’huile de baleine sont considérés comme perdus.
Octobre 1988 : En Alaska à coup de brise-glace, de milliards de roubles et de millions de dollars, deux baleines grises piégées dans la banquise sont libérées par les grandes manœuvres soviéto-américaines. Au grand dam des ours polaires qui se voient ainsi retirer le pain de la bouche. A un siècle d’intervalle, ces deux faits d’hiver témoignent de l’évolution de la technologie maritime et d’un retournement dans les rapports que l’homme entretient avec la baleine. L’homme d’Etat ne fait pas la paix avec la baleine, il fait de la politique. L’Histoire retiendra qu’à la fin du 20ème siècle les deux maîtres du monde [Ronald Reagan et Mikhaïl Gorbatchev] en contrepoint à leur négociation sur les désarmements, ont conjugué leurs efforts militaires pour sauver deux baleines prises dans les glaces (on estime qu’en Alaska, 200 à 300 cétacés subissent chaque année ce sort peu enviable mais millénaire).
Pendant que dans les eaux territoriales américaines, la Marine Soviétique ouvrait un chenal aux deux baleines grises, le Dobryy servi par 31 marins mandchous quittait le port de Magadan pour chasser 179 baleines grises qui auront la malchance de ne pas être prises dans les glaces. En effet, chaque année et sans que rien ne puisse présager de l’abolition de ce passe-droit, la Commission Baleinière Internationale (CBI) octroie un quota pour la population aborigène des Tchouktches en Sibérie orientale.
Selon les allégations des délégués de l’URSS, ils seraient environ 15000 à avoir un besoin vital et “culturel” de la chasse à la baleine et de ses produits. Mille tonnes de viande seraient ainsi distribuées, le reste étant destiné à l’alimentation des chiens et des animaux à fourrure. Pour faire bonne mesure et être sûr d’emporter le morceau – c’est -à-dire le quota – les délégués soviétiques expliquent que “dans certaines régions particulièrement reculées, des gens s’éclairent à l’huile de baleine”. Le troupeau de baleines grises de la mer de Behring ne reconnaissant pas la division administrative des océans, il lui arrive de fréquenter sans distinction les eaux américaines et les eaux sibériennes. Il est admis que les esquimaux [Inuits] d’Alaska puissent harponner quelques individus appartenant au quota soviétique. “Des arrangements ont été pris à ce sujet entre les gouvernements américain et soviétique”.
Addendum août 2025: En 2024, dans le cadre du quota attribué à la Russie pour les besoins des Tchouktches, 134 baleines grises ont été tuées.
Baleine grise © Chris G Earley
Imprimer cet article




