Après la “Revenante” de Fécamp en Seine-Maritime, nous voici à la “Révoltante” de Moulin-sous-Touvent dans l’Oise.
La décharge est exploitée par la famille Gurdebeke qui tient une place majeure dans l’historial de la gestion des déchets et des nuisances en Picardie.
Lieu-dit “Château-Gautier” Moulin-sous-Touvent
© Association Les Rencontres du Patrimoine et de l’Environnement
Après plusieurs demandes infructueuses entre 2006 et 2011, les Gurdebeke ont obtenu le 16 décembre 2011 l’autorisation d’exploiter un centre de stockage de déchets non dangereux au lieu-dit “Château-Gautier” à Moulin-sous-Touvent, dans la zone Natura 2000 “Forêts Picardes : Compiègne, Laigue, Ourscamps”.
Pour permettre l’extension de leur décharge et la prolongation de l’exploitation, les Gurdebeke se sont lancés en 2014 dans une procédure honteuse pour radier la Butte des Zouaves de l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques.
La Butte des Zouaves est reconnue par les historiens et le ministère de la Culture comme un lieu symbolique des deux Guerres Mondiales. Une compagnie entière de Zouaves fut ensevelie par l’explosion d’une mine allemande en décembre 1914. Six otages y furent fusillés par les nazis en 1942.
La Butte aux Zouaves (mars 2025) © Google Street
Les Gurdebeke, propriétaires des parcelles contigües à la décharge sous le couvert d’une SCI et en quelque sorte gardiens de la mémoire et de la Butte, ont prétendu qu’“aucune trace de l’hécatombe des zouaves n’avait été trouvée à l’endroit supposé du front et qu’aucune archive n’attestait de la disparition soudaine d’une compagnie entière, d’autre part, que les six personnes fusillées en 1942 ne l’avaient pas été à l’endroit de la Butte des Zouaves“. Leur plaidoyer a été définitivement rejeté par l’arrêt de la Cour Administrative d’Appel de Douai le 6 avril 2023, après 10 années de procédure. Cet arrêt empêche donc les Gurdebeke d’entrevoir une extension de leur décharge qui aurait nivelé et détruit la Butte des Zouaves au risque que leurs pelleteuses exhument les squelettes des Zouaves et des otages.
© David Gognies, Patrick Lelievre, Adri Kramer.
La fermeture de l’exploitation “Château-Gautier” était prévue pour 2019 mais un arrêté préfectoral en date du 4 novembre 2021 a prolongé sa durée de vie sur la même emprise jusqu’en 2029.
Encore aujourd’hui, les Gurdebeke répandent, dans la bien nommée Moulin-sous-Touvent et dans les communes de Tracy-le-Val, de Tracy-le-Mont et de Carlepont, des odeurs infectes, empêchant des milliers d’habitants de jouir de leurs aménités légitimes et les accablant de Troubles Anormaux de Voisinage (TAV).
En avril 2025, la “révoltante” a été mise en demeure par le Préfet de “prendre les dispositions nécessaires pour que l’établissement ne soit pas à l’origine de gaz odorants, susceptibles d’incommoder le voisinage dans un délai de 3 mois“, de déterminer les sources d’émissions et d’élaborer un plan d’actions avec “un organisme extérieur“. En se référant aux messages que Robin des Bois continue de recevoir, il ne semble pas que ce plan d’action ait des résultats persistants.
L’association nationale Robin des Bois agréée au titre de la protection de l’environnement est aux côtés de l’Association Les Rencontres du Patrimoine et de l’Environnement, de l’Association Tracy Environnement, de l’Association Regroupement des Organismes de Sauvegarde de l’Oise (ROSO) et de l’Association Sauvegarde de l’Environnement Carolipontois (ASEC).
La Gurdebeke story
Tout a commencé pour la dynastie Gurdebeke par la récupération de vestiges de guerre dans les années 50, “les JEEP, GMC et autres engins motorisés étaient un gisement inespéré pour qui savait se servir de ses bras et avait des connaissances en mécanique. C’est dans ce matériel que Gérard Gurdebeke † a puisé pour construire ses premiers outils pour mécaniser son exploitation agricole“.
Par la suite, l’entreprise Gurdebeke, forte d’une dizaine de salariés, s’est développée dans les travaux publics, les terrassements, les trous en tout genre et “les métiers de l’environnement”.
Dans leur biographie, les Gurdebeke disent avoir commencé à exploiter un centre d’enfouissement de déchets en 1975 au lieu-dit “Les Rosettes” à Moulin-sous-Touvent. Il était alimenté par les communes de la Communauté de Communes des Lisières de l’Oise. Ce trou a été officiellement autorisé en 1978 par arrêté préfectoral, il a été fermé en 2009. Même en post-exploitation, il continue à empester. En août 2025, “un liquide poisseux et puant” s’en est échappé et s’est déversé sur la voie publique sous les yeux de la gendarmerie, de l’Office Français de la Biodiversité (OFB) et des pompiers. La subdivision Oise de la DREAL constate dans son rapport d’inspection un défaut d’aménagement des anciens casiers de stockage, sans doute, un manque d’étanchéité des matériaux de couverture du massif de déchets. Il pleut beaucoup en Picardie. Le Ru du Moulin n’aurait pas été pollué selon les services de l’Etat, qui font toujours preuve d’une certaine tolérance envers les négligences des Gurdebeke. C’est ainsi qu’en avril 2025, pendant une inspection de la plateforme de compostage exploitée par les Gurdebeke, toujours au lieu-dit “Les Rosettes”, il a été constaté que “l’exploitant n’a pas été en mesure de présenter l’agrément sanitaire délivrable par la Direction Régionale de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Forêt (DRAAF) mais seulement un agrément provisoire qui le jour de la visite n’était plus valable“. Cela n’a pas suffi pour que les apports de boues et de déchets verts soient officiellement suspendus.
Les Gurdebeke exploitent d’autres centres de stockages de déchets notamment à Hardivillers dans l’Oise et à Lihons dans la Somme. Ils font tous les deux l’objet de protestations de communes riveraines et de recours abusifs de la part des exploitants. Sous la décharge d’Hardivillers, une pollution des eaux souterraines est redoutée par la commune de Breteuil, la Communauté de Communes des Vallées de la Brêche et de la Noye et le Syndicat Intercommunal d’Aménagement et d’entretien de la Noye et de ses affluents.
Imprimer cet article




