Communiqué CITES CoP 20 n°2
La coalition de la filière violons et autres instruments à cordes frottées répète à l’envi que l’utilisation pour les besoins de l’archeterie ne met pas en danger les populations de pernambouc.
“La demande mondiale annuelle actuelle s’élève à environ 25 m3” (International Pernambuco Conservation Initiative, fer de lance de la promotion de l’archet en pernambouc, 10 septembre 2025). “La facture instrumentale est un secteur vertueux, qui utilise des quantités infimes de bois pour fabriquer des objets culturels à haute valeur ajoutée” (Tribune dans Le Monde, le 15 octobre 2025). Un luthier de Marseille en réaction au communiqué de Robin des Bois du 30 octobre 2025 nous répète que “le volume de pernambouc utilisé pour notre profession est ridicule“.
Cette argumentation travestit la réalité. Si effectivement dans une grume de pernambouc moins de 10% correspondent aux critères des qualités “or, argent, nickel” des archetiers (bois sans défauts tels que des fentes, des fissures, des trous, des fibres transversales, des nœuds), c’est l’arbre en entier qui a été abattu pour satisfaire leur demande. A-t-on déjà entendu un sculpteur d’ivoire se justifier en disant qu’il n’utilise que 20 kg d’ivoire sur un éléphant de 4 tonnes ? La proposition du Brésil d’inscription du pernambouc en Annexe I de la CITES souligne bien que “plus de 90 % du bois de Pernambouc coupé est mis au rebut au cours du processus de production, car jugé impropres à la fabrication d’archets professionnels en raison de normes de qualité strictes”.
L’autre argument majeur manipulé par la coalition concerne des “pépinières de 340.000 arbres depuis 2000”. En fait d’arbres, ce sont des graines qui ont été plantées après avoir été récoltées dans les dernières aires naturelles du pernambouc dans la forêt atlantique du Brésil, l’unique habitat de l’espèce. Aucune de ces plantations n’a été validée par l’Ibama (Institut brésilien de l’environnement et des ressources naturelles renouvelables). Rien ne garantit que la densité, la rigidité et l’élasticité des arbres issus de cette monoculture égaleront, lorsqu’ils seront adultes dans plusieurs décennies, les performances des arbres sauvages. Les plantations ont surtout été utiles aux organisations criminelles qui détournaient des permis d’exploitation d’arbres cultivés afin d’écouler sur le marché noir des arbres sauvages tronçonnés illégalement.
Le pernambouc est une espèce pionnière. Il joue un rôle primordial dans la succession écologique. Il contribue à la régulation du cycle de l’eau et à la stabilité des sols en ouvrant la voie à d’autres espèces végétales. Les corolles jaunes des fleurs du pernambouc attirent les abeilles indigènes des genres Centris et Xylocopa. Malgré leur déclin, elles contribuent à la pollinisation et à la diversité génétique des populations résiduelles de pernamboucs. Le tronc sert d’habitat aux fourmis, aux coléoptères et à de petits lézards du genre Cnemidophorus. Le feuillage dense des pernamboucs offre perchoirs et protection aux oiseaux chanteurs tels que les sporophiles (genre Sporophila), les tyrans quiquivis (Pitangus sulphuratus) et les tangaras (genre Thraupis).
Fleurs de pernambouc © Nelson Wisnik
La déclaration finale des ministres de l’Environnement du G20 réunis au Cap en Afrique du Sud les 16 et 17 octobre 2025 appelle “tous les pays à respecter les législations nationales relatives aux crimes qui affectent l’environnement et à mettre en place des mesures visant à empêcher l’entrée de ressources naturelles provenant d’autres pays où elles ont été obtenues illégalement”. Le pernambouc est le candidat idéal pour prouver que cette déclaration n’est pas du pipeau. Le pernambouc est protégé par la législation nationale brésilienne, il vit exclusivement dans la forêt atlantique brésilienne et fait l’objet d’une contrebande notamment vers le marché européen. L’Union européenne se doit donc de soutenir la proposition du Brésil d’inscrire le pernambouc en Annexe I de la CITES.
Voir aussi :
“Pernambouc : une rengaine coloniale” (CITES CoP20 n°1), 30 octobre 2025
Imprimer cet article




