Communiqué CITES CoP20 n°5
1 et 2. Doussié (Afzelia bipindensis) et padouk africain (Pterocarpus soyauxii)
Les propositions du Burundi, du Cameroun, de la République du Congo, du Gabon, de la Guinée équatoriale, de la République centrafricaine et de la République démocratique du Congo de déclassement de l’Annexe II de leurs populations de doussiés et de padouks africains ont été rejetées de justesse. Pour le padouk africain, la proposition concernait aussi la population de l’Angola.
28 pays africains ont voté pour la proposition de déclassement de l’Annexe II des populations de doussié et 26 ont voté pour la proposition de déclassement de l’Annexe II des populations de padouk. Ils ont été renforcés entre autres par la Türkiye, la Russie, la Corée du Sud, le Qatar, le Koweït, le Japon. Finalement, les propositions des 7 pays africains ont été rejetées grâce aux 27 pays de l’Union européenne, aux Etats-Unis d’Amérique et à une minorité de pays africains. La Guinée-Bissau et le Kenya ont voté contre la proposition de déclassement des populations de doussié et le Burkina Faso, le Kenya, le Malawi, Maurice, l’Ouganda et le Soudan on voté contre la proposition de déclassement des populations de padouk.
Les 2 espèces ont été “lancées” en 1994 et 1995 sur le marché international par son utilisation prolifique dans la Très Grande Bibliothèque (TGB) à Paris, aujourd’hui connue sous le nom de Bibliothèque François-Mitterrand (parquets, placages, habillage des bétons intérieurs pour le doussié, faux plafonds pour le padouk). Face à l’emballement du marché et à l’exploitation d’espèces similaires, le doussié et le padouk ont été inscrits en Annexe II à la CoP19 en novembre 2022 avec entrée en vigueur le 23 février 2023, mais les principaux pays de l’aire de répartition ont très vite demandé leur déclassement en affirmant que les risques de confusion étaient désormais éclaircis et que “les systèmes de traçabilité déployés dans les pays d’Afrique centrale assurent un suivi rigoureux des produits forestiers exportés.” Ces allégations doivent être prises avec précaution compte tenu des tensions politiques, sociales, tribales, religieuses, qui traversent nombre des pays proposants, de la corruption qui les guette tous et de l’emprise des compagnies d’exploitation forestière chinoises.
Fleurs de doussié © Ehoarn Bidault
L’arbre adulte mesure jusqu’à 40 mètres de haut avec un diamètre du tronc de 1,5 mètre.
3. Cocotier du Chili (Jubaea chilensis)
La proposition du Chili d’inscrire le cocotier du Chili à l’Annexe I a été acceptée par consensus. La sève qui est à la base du miel de palme et les fruits sont utilisés dans l’industrie alimentaire et de plus en plus exportés vers l’Allemagne, les Pays-Bas, Singapour, l’Irlande et Hong Kong. En France, “ces petites gourmandises sont très prisées pour leur saveur bien sûr, mais aussi pour leur rareté et leur valeur nutritionnelle exceptionnelle” s’enthousiasme “L’Ile aux épices” qui les vend 16 €/100 grammes.
Les graines sont demandées pour le marché des plantes ornementales. Le sachet de 2 graines est vendu via l’Internet aux alentours de 13 US$. Les profits potentiels provenant de la collecte illégale et de l’exportation dans le monde entier sont donc considérables d’autant que ce palmier endémique du Chili est réputé résister aux climats les plus froids.
4. Pied d’éléphant (Beaucarnea glassiana et Beaucarnea hookeri)
Le genre Beaucarnea est inscrit à l’Annexe II depuis la CoP17 (septembre-octobre 2016) avec entrée en vigueur le 2 janvier 2017. La proposition du Mexique et de la Suisse d’ajouter à l’Annexe II les espèces Beaucarnea glassiana et Beaucarnea hookeri a été acceptée par consensus. Les principales menaces pesant le genre sont la perte de son habitat en raison du pâturage du bétail, de la conversion des terres en cultures agricoles, des incendies et le pillage des graines pour le marché international des plantes ornementales. Les plantes du genre Beaucarnea font l’objet d’un commerce international à haute intensité. Entre 2016 et 2025, au moins 25 millions de spécimens vivants, 3500 tonnes de graines et 1,3 million de graines ont été exportés.
5. Guggul (Commiphora wightii ou Commiphora mukul)
La proposition de l’Union européenne d’inscrire le guggul à l’Annexe II a été refusée (42 contre, 69 voix pour et 18 abstentions). Le guggul est un arbuste vivace en Inde et au Pakistan. L’espèce a été classée comme “en danger critique” dans l’évaluation de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) réalisée en 2015 sur la base d’un déclin de la population mondiale estimé à plus de 80 % au cours des trois dernières générations (84 ans), en raison d’une récolte non durable, aggravée par la perte et la fragmentation de son habitat. L’Inde s’est opposée à la proposition attirant l’attention sur le caractère obsolète et incomplet des données sur l’évaluation de la population. Elle souligne qu’au niveau national, toute exportation de spécimens sauvages de Commiphora wightii est interdite et fait part d’efforts déployés dans le pays pour cultiver l’espèce.
“Commiphora wightii est recherché pour sa résine oléagineuse, utilisée dans les médecines traditionnelles Ayurvéda, Unani et Siddha comme antiseptique et pour traiter des affections telles que l’arthrite, les rhumatismes, l’hypercholestérolémie et le diabète. Au cours du siècle dernier, l’intérêt commercial pour les propriétés médicinales de cette espèce a entraîné une expansion sur les marchés nationaux et internationaux. L’espèce est exportée à la fois sous la forme de gomme brute et de produits finis conditionnés et prêts pour la vente au détail, qui sont disponibles sous forme de poudres, de gélules et de teintures” (extrait de la proposition de l’UE).
Amazon et d’autres sites vantent les bienfaits du guggul pour réduire le taux de cholestérol, pour éliminer les déchets stockés dans l’organisme, pour lutter contre les rhumatismes et les dysfonctionnements des prostates. Le marché est vaste. Les extraits de guggul présumé se vendent autour de 20 € pour une centaine de gélules et de 140 € pour 1000 gélules. Chez les fournisseurs internationaux de guggul, aucune information n’est donnée sur l’origine sauvage ou cultivée des extraits.
Capture d’écran 123gelules.com, 28 novembre 2025
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