Cradoactif

5 mai 2026

Il est des entre-soi qui sentent la combine. Le cas de Gravelines est exemplaire.

Centrale nucléaire de Gravelines © EDF/HappyDay/J.-L. Burnod

Fière de son escadron de 6 réacteurs nucléaires de 900 MWe, espérant le renforcer d’ici 20 ans par 2 EPR, Gravelines (11.000 habitants) à 20 km de Dunkerque (20 kilomètres d’usines Seveso et de projets lithium) a pété les plombs.

M. Ringot, le maire cumulard, M. Loiseau, le sous-préfet ex-commissaire de police et M. Marbaix, le coordonnateur EDF de l’ère EPR2, sont à la manœuvre.

Poussés par l’euphorie du nouveau nucléaire et par la consultation des Gravelinois, ils se sont mis en tête de construire à 965 m du château-fort d’EDF menacé par les vagues de submersion, les tassements et les méduses, une salle multisports, de spectacles, de congrès et de concerts, d’une capacité totale de 4000 personnes. Ces visiteurs occasionnels seraient pour la plupart étrangers à Gravelines, hors de portée des fiches réflexe distribuées dans les boîtes aux lettres et des consignes d’urgence diffusées par les radios locales, et déconnectés de l’automate d’appel aux habitants situés dans un rayon de 2 km autour de la centrale nucléaire.

965 m, c’est à l’intérieur de la zone réflexe de 2 km imposant une mise à l’abri ou une évacuation en cas d’accident majeur sur un ou plusieurs réacteurs. Comment concevoir qu’au milieu d’un concert, 4000 naufragés du nucléaire trouveront la lucidité pour résister à la panique, à l’affolement et à la tentation d’une fuite désordonnée sur le mode embouteillage/carambolage ? Comment concevoir que des parents abandonneront leurs enfants en cours de natation scolaire à la bonne garde du maître-nageur ? Pourtant, “N’allez pas chercher vos enfants à l’école” est une consigne de base en cas d’alerte nucléaire, comme dans toute gestion de crise autour des sites Seveso.

La loi du 13 juin 2006 relative à la transparence et à la sécurité en matière nucléaire fixe le cadre juridique nécessaire à la mise en œuvre d’une véritable maîtrise de l’urbanisation autour des centrales et autres sites nucléaires : “l’autorité administrative peut instituer autour des Installations Nucléaires de Base, y compris des installations existantes, des servitudes d’utilité publique concernant l’utilisation du sol.” Cette loi a été complétée par la circulaire de 2010 signée par Jean-Louis Borloo, ministre d’Etat et ministre de l’Ecologie, qui, dans le cadre d’accidents nucléaires “à cinétique rapide”, impose cette zone réflexe des 2 km. La circulaire précise que “à l’intérieur de cette zone, il conviendra d’éviter le développement de projets sensibles”.

Monsieur le maire tempère. A titre personnel, il s’est toujours opposé à cette règle des 2 km puisque, comme il en débat souvent avec Monsieur le sous-préfet, le nucléaire c’est à “cinétique longue”. “Nous aurons 48h pour évacuer”. Des Ringot comme ça, il y en a plein à côté des 57 réacteurs nucléaires français, des endormis, des redevables et des trompeurs. Des sous-préfets Loiseau qui se soumettent à ces compromis et qui les encouragent avec des propos incohérents, il y en a un peu moins. Des Marbaix d’EDF, ex-inspecteur de l’Autorité de Sûreté Nucléaire, il y en a plus qu’on ne le pense. “Cet essaimage permet d’insuffler les bonnes pratiques chez les exploitants” justifie le ministère de l’Ecologie.

Pour tenter de contourner la loi et les textes réglementaires, l’entente gravelinoise a concocté et paraphé une “charte d’urbanisation” censée garantir la sécurité de tous les usagers et employés de ce complexe sportif et culturel qui porte pour l’instant le nom de “Sportica 2”. Le conseil municipal de Gravelines souhaite l’ériger en “Arena” et l’accompagner de restaurants et d’une supérette. Il vise à remplacer “Sportica 1”, un complexe sportif construit en 1986, utilisé par les associations locales et le Basket Club Maritime et détruit par deux incendies successifs en décembre 2023 et en avril 2025.

En son temps, l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) a écrit au préfet de région pour exprimer son opposition à ce projet. Espérons que la nouvelle Autorité de Sûreté Nucléaire et de Radioprotection (ASNR) adoptera la même ligne de rigueur et de culture du risque. Le préfet de région a le pouvoir de ne pas accorder de permis de construire à cette folie et d’éviter un précédent qui pourrait s’étendre sur tout le territoire national et faciliter l’urbanisation dans les zones réflexes d’urgence.

 

 

 

 

 

Imprimer cet article Imprimer cet article