70ème Commission Baleinière Internationale
Communiqué n°3
Le Comité Scientifique de la CBI (Commission Baleinière Internationale) a achevé en 2026 l’évaluation approfondie des populations de baleines bleues en Antarctique. L’abondance de l’espèce avant la chasse industrielle à la baleine est estimée à environ 200.000 individus. En 1973, année de la dernière déclaration officielle de capture, la population était estimée à 418 individus. En 2024, elle s’est rétablie à environ 4000 individus. Selon le modèle de référence du Comité Scientifique, les baleines bleues en Antarctique devraient atteindre 60% de leur abondance antérieure à la chasse, soit 120.000 individus d’ici… 2102. Les deux menaces nouvelles auxquelles les baleines bleues sont confrontées vont sans doute retarder davantage cette échéance déjà lointaine.
1. Charybde
Dans deux communiqués à l’occasion des 68ème et 69ème réunions plénières de la CBI en Slovénie en 2022 et au Pérou en 2024, Robin des Bois a lancé l’alerte sur l’exploitation industrielle du krill (1). En 2002, environ 100.000 tonnes ont été pêchées dans l’océan Austral par 7 chalutiers. En 2022, 10 chalutiers en ont moissonné 415.000 tonnes. En 2026, 11 chalutiers ont capturé 620.000 tonnes. Les krills killers sont de plus en plus puissants et prédateurs. En septembre 2024, la Chine a procédé aux premiers essais du Fu Yuan Yu 9199, 140 mètres de long. La compagnie norvégienne Aker QRILL qui exploite déjà le Saga Sea, l’Antarctic Sea, l’Antarctic Endurance et l’Antarctic Provider, devrait exploiter pour la saison 2026-2027 un 5ème chalutier à krill, un méga-killer “révolutionnaire” dédié au “green krill fishing”. Le marché du krill est en plein boum : alimentation pour saumons et autres poissons d’élevage, suppléments alimentaires riches en oméga 3 pour les humains et les animaux de compagnie. En parallèle à la pêche industrielle, le krill est menacé par les effets du réchauffement climatique. Les baleines sont guettées par la pénurie alimentaire. Le krill (Euphausia superba), un petit crustacé se déplaçant en essaim, constitue le fondement du régime alimentaire de la plus grande des baleines (entre 25 et 30 mètres de long). La baleine bleue filtre à travers ses fanons plusieurs tonnes de krill par jour.
En 2026, le business du krill pèse 2 milliards d’euros. Pour éviter une concurrence déloyale de la part des activités humaines et pour protéger les baleines bleues et les autres baleines à fanons, il est urgent de réduire radicalement le quota que s’attribuent les pays pêcheurs dans la zone la plus accessible de l’océan Austral (zone 48) et de contrôler le marché du krill en inscrivant l’espèce en Annexe II de la CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction).
Même si le Comité Scientifique de la CBI mentionne à plusieurs reprises les interactions entre la pêche au krill et les baleines, la 70ème réunion plénière de la CBI n’en fait pas un enjeu majeur et aucune résolution n’aborde ce sujet.
2. Scylla
Par contre, l’Irlande au nom des pays de l’Union européenne présente une résolution sur les collisions entre les cétacés et les navires. Le commerce maritime mondial, la navigation de plaisance et les courses au large sont une menace croissante pour les baleines. Traumatismes, fractures, hémorragies, lacérations, amputations provoquent des morts immédiates, des blessures mortelles à court ou long terme ou handicapantes. D’après les travaux de biologistes de l’université de Stanford, les baleines bleues n’ont pas encore intégré les postures de défenses efficaces à l’approche des navires de commerce. Il est difficile quand on pèse 130 tonnes de plonger immédiatement à la verticale pour esquiver un navire. Les baleines bleues ne descendent pas assez rapidement à une profondeur d’au moins 30 m pour échapper à l’aspiration des hélices. C’est aussi le cas de nombreux autres cétacés et les lacérations sur le dos des baleines et des dauphins qui s’échouent signent la responsabilité des hélices des navires de commerce et de croisière. Les collisions se traduisent aussi par un éperonnage. Le 17 septembre 2026, à l’approche du port de Sitka en Alaska subarctique, le navire de croisière Norwegian Joy, 333 mètres, d’une capacité de 3883 passagers et exploité par Norwegian Cruise Line, s’est présenté avec un rorqual commun empalé sur le bulbe d’étrave. En Antarctique aussi les navires de croisière sont une menace croissante pour les baleines et notamment les baleines à bosse qui passent une partie de la nuit à la surface de l’océan ou très près de la surface avec leurs baleineaux.
Plusieurs milliers de ces accidents surviennent chaque année sur l’océan mondial. Le bilan est d’autant plus incertain qu’il n’y a pas à ce jour d’obligation de les déclarer. La proposition initiale de l’Union européenne encourageait les gouvernements des pays-membres “à établir des obligations de notifications des collisions”. Mais elle a été affaiblie à la suite d’un groupe de travail et les gouvernements sont simplement encouragés à collecter des informations précises et à les déclarer régulièrement sur la base de données mondiale de la CBI sur les collisions avec des navires. Cette résolution reconnaît que la réduction de la vitesse et les modifications mineures des itinéraires pour éviter les couloirs de migration et les zones de nourricerie sont les meilleurs moyens de réduire les collisions.
(1)
Les baleines dans le rouge n°2, 20 octobre 2022
Le cri du krill. 69ème CBI, 25 septembre 2024
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