Communiqué CITES CoP20 n°4
Pernambouc ou pau-brasil
La proposition du Brésil d’inscrire le pernambouc en Annexe I a reçu un soutien massif mais l’Union européenne, aiguillonnée par la France, a proposé un groupe de travail et le Brésil par souci diplomatique l’a accepté. Le vote qui aurait recueilli haut la main l’approbation des deux tiers des délégations n’a pas eu lieu.
Les conclusions du groupe de travail composé du Canada, des Etats-Unis d’Amérique, du Brésil, de la Chine, de la république de Corée, du Japon, de l’Indonésie, de la Russie, du Royaume-Uni, de l’Union européenne, de l’Allemagne, de l’Autriche, de la Belgique, de la France, des Pays-Bas, de la Hongrie, de l’Espagne, de l’Italie, de la Norvège, des Philippines et de l’Australie sont attendues avant la fin de la conférence. Les observateurs dont les luthiers, les archetiers, les musiciens hostiles à l’inscription à l’Annexe I du pernambouc sont exclus de ce groupe.
Le front des luthiers et archetiers est fissuré. Sous couvert d’anonymat, par peur des représailles d’une filière quasiment fossilisée, des luthiers et archetiers soutiennent la proposition du Brésil. “Les alternatives au pernambouc pour l’archèterie existent déjà et ne demandent qu’à être explorées techniquement et musicalement. Nous défendons des artisanats et musiques qui reflètent nos valeurs et savent évoluer avec les contextes sociaux et environnementaux.”
Romain Viala, chercheur en mécanique appliquée spécialisé en acoustique au laboratoire Femto-ST de Besançon, témoigne dans le journal belge Le Soir de son irritation vis-à-vis du discours toujours répété de la filière violons. “On ne constate pas de différenciation marquée tant en termes de son que de ressenti du musicien entre le pernambouc et d’autres matériaux.” “En l’absence d’une telle étude scientifique, cela revient à utiliser une essence en déclin sur base d’une croyance. Je n’ai pas de raison de penser que d’autres bois ou matières composites utilisés pour faire des archets, à masse et raideur égale au pernambouc, ne pourraient pas faire le job.” “Si une pétition défendait l’usage de défenses d’éléphant, d’huile de baleine ou de corne de rhinocéros au nom de la tradition et d’une “qualité” non étayée, elle serait jugée inacceptable. Le fait qu’il s’agisse de bois ne doit pas abaisser nos standards scientifiques et éthiques.” L’article du Soir prend aussi en compte les argumentations de Robin des Bois. “Les archetiers utilisent 5 à 10 % de l’arbre seulement, à savoir le cœur, qui ne présente pas de fissures, de nœuds ou de fibres transversales. Mais il faut quand même abattre l’arbre entier. Le reste sert à des usages complètement dérisoires par rapport à la valeur de l’arbre. C’est un argument de mauvaise foi.” “Face à la quasi-disparition de l’arbre sauvage, les archetiers et les violonistes s’enferment dans une tradition qui remonte à 1750. Mais aujourd’hui on est en 2025 ! Il y a un refus de prendre en compte la réalité.”
Il existe déjà des archets en fibre de carbone. Mais Romain Viala s’intéresse aux vertus du lin compressé pour remplacer les archets en pernambouc. “C’est un matériau renouvelable, dont il existe une industrie en Normandie et dont les caractéristiques mécaniques d’amortissement se rapprochent davantage du bois que le carbone.” D’autres experts citent des bois de substitution comme l’acacia, le sorbier, le mélèze, le robinier et le cytise.
L’archet type de l’Ancien Monde
Documentation Robin des Bois et “Paubrasilia echinata bows: fine tuning traceability solutions”, CITES, 2025
Précédents communiqués de Robin des Bois au sujet de la Cop20 de la CITES en Ouzbékistan :
– Pernambouc : une rengaine coloniale. Communiqué CITES CoP20 n°1, 30 octobre 2025
– Pernambouc : la mélodie des tronçonneuses. Communiqué CITES CoP20 n°2, 19 novembre 2025
– Ouverture de la CoP20 de la CITES à Samarcande, Ouzbékistan. Communiqué n°3, 24 novembre 2025
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