Communiqué CITES CoP20 n°10
Quinze bonnes nouvelles
– L’Afrique du Sud a obtenu par consensus le transfert de l’Annexe II à l’Annexe I de l’euphorbe endémique Euphorbia bupleurifolia. Elle est prélevée pour la médecine traditionnelle locale et pour alimenter le marché horticole international. Les trafiquants font passer des plantes sauvages pour des plantes de culture, c’est beaucoup plus rentable que d’attendre qu’une Euphorbia bupleurifolia cultivée soit vendable. La croissance de l’espèce est très lente. L’Afrique du Sud a été soutenue par l’Union européenne, un des principaux importateurs, le Royaume-Uni, l’Eswatini, le Lesotho, le Sénégal, le Benin, le Kenya, le Malawi, le Nigeria, l’Ethiopie, le Zimbabwe, Monaco, la Malaisie et l’Inde.
– L’Afrique du Sud a obtenu par consensus le transfert de l’Annexe II à l’Annexe I de la petite succulente Avonia quinaria, très populaire sur l’Internet. Un plant se vend autour de 20 €. La proposition a été soutenue par le Zimbabwe, l’Eswatini, le Lesotho, le Burundi, le Burkina Faso, le Kenya, la Namibie, le Sénégal, le Soudan, le Rwanda, la Tanzanie, l’Union européenne, Monaco, le Royaume-Uni, la Malaisie, le Pakistan et l’Inde.
– L’Ethiopie a obtenu par consensus l’inscription à l’Annexe I de la vipère des montagnes de Bale (Bitis harenna) et de la vipère des montagnes d’Ethiopie (Bitis parviocula). Ces espèces endémiques sont protégées en Ethiopie depuis 40 ans et aucune exportation n’a été autorisée. Si vous en avez une chez vous, elle est arrivée en contrebande. “Il est courant que les collectionneurs de reptiles ciblent les femelles gravides dans la nature, puis proposent les petits à la vente comme “élevés en captivité” une fois qu’ils sont nés en captivité.”
La proposition a reçu le soutien de la Nouvelle-Zélande, de l’Australie, de Djibouti, de la Tunisie, de la Côte d’Ivoire, de l’Eswatini, du Kenya, du Sénégal, de l’Afrique du Sud, du Zimbabwe, de la République centrafricaine, de l’Iran, du Pakistan, de Monaco et du Royaume-Uni. L’Union européenne et le Japon auraient préféré une Annexe II avec un quota zéro mais ils ne se sont pas opposés au consensus. L’United States Association of Reptile Keepers a reproché à l’Ethiopie de mal connaître son sujet : “Nous pouvons vous transmettre les coordonnées d’éleveurs aux Etats-Unis d’Amérique, au Royaume-Uni, en Allemagne, en Slovénie et en Suède”. Les douaniers seraient sans doute ravis d’avoir des adresses.
– Le Cameroun, la Guinée, le Nigeria et le Togo ont obtenu le transfert à l’Annexe I de la tortue kinixys de Home (Kinixys homeana) par consensus. Elle est victime du marché de la viande de brousse, de la médecine traditionnelle et du commerce international comme animal de compagnie. “En Belgique, de 2007 à 2016, Kinixys homeana était la troisième espèce de reptile la plus saisie” a rappelé le Togo. Le Cameroun, le Sénégal, la République du Congo, la Tunisie, le Zimbabwe, l’Eswatini, Djibouti, le Panama, les Etats-Unis d’Amérique et l’Union européenne ont exprimé leur soutien.
“A la Trace” a relevé entre 2013 et 2025 des saisies de spécimens vivants en Afrique du Sud, en Belgique et en France.
– La République dominicaine a obtenu par consensus l’inscription en Annexe I du galliwasp géant (Caribicus warreni). Ces lézards de 20-30 cm de long, endémiques de la République dominicaine et d’Haïti, sont victimes du marché des animaux de compagnie. Le prix de vente moyen sur le marché international est de 40 US$ pour les juvéniles et de 190 US$ pour les adultes. Aucun individu n’a été observé à Haïti depuis plusieurs années : la population a été victime de prélèvements en masse et d’exportations vers les Etats-Unis dans les années 1990.
– L’Australie, seul pays de l’aire de répartition, a obtenu l’inscription en Annexe II par consensus des geckos à queue en feuille Phyllurus amnicola et Phyllurus caudiannulatus. Ces deux espèces sont recherchées sur le marché des animaux de compagnie, avec un prix de vente pouvant atteindre 2000 US$ par spécimen. Leurs habitats étant faciles d’accès, ils font l’objet d’un prélèvement incontrôlé dans la nature. De nombreux geckos et autres petits reptiles sont exportés d’Australie en contrebande, ligotés et cachés dans des chaussettes, des paquets de chips ou de céréales, des thermos, des friteuses, des cuiseurs à riz, des jouets, des peluches, que ce soit par colis postal ou directement dans les valises des trafiquants.
– L’Equateur a obtenu par consensus le transfert de l’Annexe II à l’Annexe I des iguanes marins des Galapagos (Amblyrhynchus cristatus) et des iguanes terrestres des Galapagos (genre Conolophus). Ces espèces étaient inscrites depuis 1975 à l’Annexe II et aucune exportation légale n’a été autorisée par l’Equateur. Depuis, la CITES a enregistré des transactions de spécimens dits “élevés en captivité”. L’Ouganda, un des principaux pays exportateurs de ces iguanes d’élevage, a exprimé son soutien à ces deux propositions. Des spécimens sauvages ont été introduits dans ce pays par contrebande et font depuis l’objet d’un élevage illégal. En plus de la contrebande, les iguanes des Galapagos sont menacés par l’introduction d’espèces envahissantes dans leurs habitats et les activités humaines, y compris le tourisme, qui les stressent et ont un impact négatif sur leur santé.
“A la Trace” a relevé entre 2015 et 2022 des saisies de spécimens vivants en Equateur et en Inde.
- Amblyrhynchus cristatus © Shawn O’Donnell
- Conolophus subcristatus © Simon Pierce
– Le Brésil, le Costa Rica et le Panama ont obtenu l’inscription à l’Annexe II des paresseux à deux doigts de Linné (Choloepus didactylus) et des paresseux à deux doigts d’Hoffmann (Choloepus hoffmanni) par consensus.
“A la Trace” a relevé entre 2014 et 2025 des braconnages et des saisies de spécimens vivants au Brésil, en Colombie, en Equateur, au Mexique et au Pérou (dont une saisie de 30 paresseux à deux doigts de Linné en partance pour Dubaï en septembre 2023).
– La République démocratique du Congo, seul pays abritant des mangabeys à ventre doré (Cercocebus chrysogaster), a obtenu par consensus leur transfert de l’Annexe II à l’Annexe I.
“A la Trace” a relevé entre 2020 et 2023 des saisies de spécimens vivants en République démocratique du Congo et au Zimbabwe. Ils étaient destinés à l’exportation par contrebande.
– Le Cameroun, la République du Congo, le Gabon, le Niger, le Nigeria, le Sierra Leone, le Sénégal et le Togo ont obtenu par consensus l’inscription des calaos d’Afrique des genres Bycanistes et Ceratogymna à l’Annexe II.
“A la Trace” a relevé en novembre 2021 une saisie de 4 calaos à casque noir (Ceratogymna atrata) vivants en Inde.
– Le Burkina Faso, le Burundi, le Bénin, le Cameroun, la République du Congo, la Gambie, la Guinée, le Niger, le Nigeria, le Sierra Leone, le Sénégal, le Tchad et le Togo ont obtenu par consensus le transfert de l’Annexe II à l’Annexe I des vautours africains (Gyps africanus) et des vautours de Rüppell (Gyps rueppelli).
“A la Trace” a relevé entre 2013 et 2025 des empoisonnements et des saisies de spécimens vivants, d’os, de crânes, de têtes, de spécimens naturalisés au Nigeria, au Sénégal, au Kenya, au Mozambique, en Ouganda, en Tanzanie, au Zimbabwe, en Afrique du Sud, au Botswana, en Namibie, au Royaume-Uni, en France et aux Pays-Bas.
– Le Canada et les Etats-Unis d’Amérique n’ont pas obtenu le déclassement des faucons pèlerins (Falco peregrinus) de l’Annexe I à l’Annexe II.
“A la Trace” a relevé entre 2013 et 2025 des braconnages, des empoisonnements, des saisies, des trafics, des vols de spécimens vivants, d’œufs et de spécimens naturalisés en Egypte, aux Etats-Unis d’Amérique, au Brésil, en Guyane française, au Mexique, au Kirghizistan, en Ouzbékistan, à Taïwan, aux Philippines, en Thaïlande, au Vietnam, en Inde, en Iran, au Pakistan, en Azerbaïdjan, en Géorgie, en Irak, en Jordanie, au Koweït, à Guernesey (Royaume-Uni), en Irlande, en Norvège, au Royaume-Uni, en Allemagne, en Belgique, en France métropolitaine, en Suisse, en Espagne, en Grèce, en Italie, au Monténégro, en Hongrie, en Pologne, en Russie, en Tchéquie et en Ukraine.
– Le Brésil a obtenu par consensus l’inscription des sporophiles de Maximilien (Sporophila maximiliani) à l’Annexe I et de cinq autres espèces “ressemblantes” à l’Annexe II pour faciliter le travail des douaniers et autres agents de contrôle.
“A la Trace” a relevé entre 2013 et 2025 des saisies de spécimens vivants au Brésil, en Colombie, en Guyane française, au Guyana, au Panama, au Suriname, à Trinité-et-Tobago, aux Etats-Unis d’Amérique, en France métropolitaine et aux Pays-Bas.
Trois mauvaises nouvelles
– L’Afrique du Sud a obtenu par consensus la suppression de l’Annexe II des antilopes bonteboks (Damaliscus pygargus pygargus), une sous-espèce des damalisques à front blanc. Il n’en reste que 10.000 spécimens, une population que la communauté internationale considère comme suffisante pour que soit repris sans filtre le commerce international de ses trophées. Le permis de chasse à une antilope bontebok coûte environ 2000 US$. C’est un produit d’appel pour les chasseurs sportifs étrangers. L’Afrique du Sud a été soutenue par la Namibie, le Lesotho, l’Eswatini, le Malawi, le Mexique, le Canada, le Royaume-Uni et l’Union européenne. En plus de la chasse sportive, les principales menaces qui pèsent sur les antilopes bonteboks sont la dégradation des habitats, la fragmentation des populations, la perte de diversité génétique et l’hybridation avec les antilopes blesboks (Damaliscus pygargus phillipsi).
– La Bolivie et le Mexique n’ont pas obtenu l’inscription à l’Annexe II du serpent à sonnettes rocheux (Crotalus lepidus), du crotale pygmée du Mexique (Crotalus ravus), et dans le même temps de tous les crotales pour faciliter le travail des douaniers et autres agents de contrôle. Malgré le soutien de l’Argentine, du Brésil, du Salvador, de la Bolivie, du Guatemala, de la République du Congo, du Sénégal, du Mali, de Monaco et des Comores, la proposition a été rejetée par 45 voix pour, 66 contre dont les Etats-Unis d’Amérique, le Zimbabwe, l’Union européenne, et le Royaume-Uni et 27 abstentions.
“A la Trace” a relevé entre 2013 et 2025 des saisies de spécimens vivants, de viande séchée, de têtes, de cascabelles et de peaux en Tanzanie, en Chine, aux Etats-Unis d’Amérique, en Bolivie, au Brésil, en Colombie, au Costa Rica, en Guyane française, au Mexique, au Pérou, en France métropolitaine, en Allemagne, en Espagne, en Norvège et en Suède.
– La mygale rose (Grammostola rosea) et 14 autres espèces de mygales (Acanthoscurria chacoana, Acanthoscurria insubtilis, Acanthoscurria musculosa, Acanthoscurria theraphosoides, Avicularia hirschii, Avicularia rufa, Avicularia avicularia, Catumiri argentinense, Cyriocosmus bertae, Cyriocosmus perezmilesi, Hapalotremus albipes, Holothele longipes, Pamphobeteus antinous et Umbyquyra acuminatum) n’entreront pas dans l’Annexe II. La proposition de l’Argentine, de la Bolivie et du Panama a été rejetée à bulletin secret par 72 voix pour, 54 contre et 9 abstentions. Peut-être que cette proposition sera remise sur le tapis en plénière aujourd’hui ou demain. Les Etats-Unis d’Amérique, 13 pays d’Amérique centrale et du Sud, 10 pays d’Afrique, le Sri Lanka et l’Iran ont exprimé leur soutien. Le Canada, le Japon, le Royaume-Uni, l’Union européenne et ses Etats membres n’étaient pas favorables. La cohorte des éleveurs et des vendeurs d’animaux en aquarium, en terrarium, en cage, était vent debout. TRAFFIC et l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature) sont intervenus pour dire que le trafic de ces mygales sauvages est marginal et que les 15 espèces ne remplissent pas les critères de l’Annexe II.
“A la Trace” a relevé entre 2014 et 2024 des saisies de spécimens vivants au Brésil, au Royaume-Uni, en France, en Espagne, en Chine et en Inde.
Voir l’ensemble des publications de Robin des Bois au sujet de la Cop20 de la CITES en Ouzbékistan
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