Huit bonnes nouvelles et deux mauvaises pour la faune marine

28 nov. 2025

Communiqué CITES CoP20 n°6

Excellente nouvelle pour les trafiquants d’anguilles
La proposition de l’Union européenne, du Honduras et du Panama d’inscrire toutes les espèces d’anguilles à l’Annexe II avec une entrée en vigueur différée de 18 mois a été refusée par 35 voix pour, 100 contre et 8 abstentions après un vote à bulletin secret. Une raclée. Monaco, Israël et le Royaume-Uni ont exprimé leur soutien. La Chine, les Etats-Unis d’Amérique, le Canada dont les douanes, les services fiscaux et les autorités CITES sont confrontés à des cargaisons de civelles provenant d’élevages clandestins et à des fausses appellations, avaient de longue date annoncé leur opposition. Les civelles sont les alevins des anguilles. Le Japon, grand consommateur d’anguilles et quasiment éradicateur de l’Anguilla japonica, s’est mêlé à la chorale avec le Zimbabwe qui au nom de 50 pays africains s’est lamenté contre les complications administratives et l’atteinte à la souveraineté alimentaire. Les civelles sont issues en majorité du braconnage dans les estuaires de la façade Atlantique européenne, et aussi du braconnage en Méditerranée et en mer Noire. Le kilo de civelles se vend sur le marché noir international entre 3000 et 8000 US$/kg.
Exemples de saisies dans “A la Trace”, le bulletin trimestriel d’information et d’analyses sur le braconnage et la contrebande d’animaux menacés d’extinction de Robin des Bois
Sénégal : cf. “A la Trace” n°45 p.145, réf.1 (publié le 25 juin 2025).
Canada : cf. “A la Trace” n°45 p.145, réf.4, et p.146, réf.5 (publié le 25 juin 2025).
Etats-Unis d’Amérique : cf. “A la Trace” n°36 p.215, réf.8 (publié le 20 mars 2023).
Chine, région administrative spéciale de Hong Kong : cf. “A la Trace” n°44 p.215, réf.31, et p.216, réf.34 (publié le 15 avril 2025).

Petit à petit, les concombres de mer font leur nid
La proposition de l’Union européenne d’inscrire les espèces Actinopyga echinites, Actinopyga lecanora, Actinopyga mauritiana, Actinopyga miliaris, Actinopyga palauensis et Actinopyga varians à l’Annexe II a été rejetée à l’issue d’un vote à bulletin secret (50 voix pour, 76 contre et 9 abstentions). Pour rappel, le 21 novembre 2025, les juges de l’archipel des Tonga ont condamné à une forte amende 3 contrebandiers dont 2 Chinois qui s’apprêtaient à exporter par contrebande environ 14.000 concombres de mer. Les Actinopyga mauritiana sont un des fondements du régime alimentaire des Tongiens.
“A la Trace” n°47 paru le 21 novembre 2025, quelques jours avant la CoP20 de la CITES, relève pour les seuls mois de juillet-août 2025, 19 saisies et contrebandes de concombres de mer toutes espèces et tous océans confondus (voir en particulier p.158-159). Les concombres de mer vivent au fond des baies et dans les eaux côtières. Ils sont détritivores et contribuent à l’assainissement des écosystèmes marins. Ils sont de plus en plus appréciés en gastronomie et en “gastropharmacie”. Ils sont réputés guérir ou prévenir l’impuissance sexuelle, l’arthrose et les tendinites entre autres vertus curatives.
Par contre, après l’inscription en Annexe III en Equateur des holothuries géantes (Isostichopus fuscus) le 16 octobre 2003, l’inscription en Annexe II des holothuries blanches à mamelles (Holothuria fuscogilva), des holothuries noires à mamelles (Holothuria nobilis) et des holothuries noires à mamelles du Pacifique (Holothuria whitmaei) à la CoP18 en août 2019 avec entrée en vigueur le 28 août 2020 et l’inscription en Annexe II des holothuries ananas (Thelenota ananas), des holothuries géantes (Thelenota anax) et des holothuries à lignes rouges (Thelenota rubralineata) à la CoP19 en novembre 2022 avec entrée en vigueur le 25 mai 2024, la proposition de l’Union européenne d’inscrire les holothuries de sable (Holothuria lessoni) à l’Annexe II a été acceptée par consensus malgré l’opposition du Japon et des Iles Salomon. L’aire de répartition des holothuries de sable s’étend de l’océan Indien à l’océan Pacifique.

Holothuria lessoni © Joëlle Vincent

Bonnes nouvelles pour les requins et les raies


La proposition de transfert de l’Annexe II à l’Annexe I du requin océanique (Carcharhinus longimanus) présentée par 7 pays d’Amérique du Sud, 6 pays d’Afrique, 3 pays d’Asie, 2 pays d’Océanie, l’Union européenne et le Royaume-Uni a été acceptée par 110 voix pour, 22 contre et 6 abstentions à l’issue d’un vote à bulletin secret. Le Japon et la Chine ont exprimé leur opposition à cette proposition pendant les débats préalables. La FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture) considère que l’espèce ne remplit pas les critères d’inscription à l’Annexe I. “A la Trace”, a relevé entre 2014 et 2025 des saisies d’ailerons de requin océanique au Canada, aux Etats-Unis d’Amérique, au Costa Rica, au Mexique, en Chine continentale, à Hong Kong, en Indonésie et au Sri Lanka.

Carcharhinus longimanus © Luis Perez Berrocal

La proposition de transfert de l’Annexe II à l’Annexe I des raies manta et mantes (famille Mobulidae) présentée par 7 pays d’Amérique du Sud, 6 pays d’Afrique, un pays d’Asie et 2 pays d’Océanie a été acceptée par consensus. “A la Trace” a relevé entre 2014 et 2025 des saisies de branchies, d’ailerons, de cartilages, de bracelets en peau, de carcasses entières ou découpées et des braconnages en Tunisie, en Guinée, au Mozambique, aux Etats-Unis d’Amérique, en Equateur, au Mexique, au Pérou, en Chine continentale, à Hong Kong, en Indonésie, en Malaisie, aux Philippines, au Vietnam, en Inde, au Sri Lanka et en Espagne et le n°46 a consacré sa une à la raie mante chilienne (Mobula tarapacana).

Mobula tarapacana © Viktor Peinemann

La proposition de transfert de l’Annexe II à l’Annexe I du requin baleine (Rhincodon typus) présentée par 6 pays d’Amérique du Sud, 5 pays d’Afrique, 4 pays d’Asie et 2 pays d’Océanie a été acceptée par consensus. Malgré son inscription à l’Annexe II depuis le 13 février 2003 et à l’Annexe I de la CMS (Convention sur la conservation des espèces migratrices) depuis le 26 janvier 2018, l’espèce reste menacée par le trafic des ailerons, des lames branchiales et de l’huile de foie utilisée dans les cosmétiques et les suppléments alimentaires sur les marchés d’Amérique du Nord et dans l’Union européenne. “A la Trace” a relevé entre 2014 et 2023 des braconnages et des saisies de spécimens entiers et d’ailerons au Cameroun, au Pérou, en Chine continentale, à Hong Kong, en Indonésie, en Malaisie, au Vietnam, en Inde, au Pakistan et au Sri Lanka. Il arrive que des pêcheurs professionnels sous le couvert de prises accidentelles introduisent sur les marchés domestiques des requins baleines et cherchent à en tirer profit.

Un requin baleine vendu à la criée en août 2014 à Xianzhi, province du Fujian, Chine.
Le pêcheur de calamars espérait en tirer l’équivalent de 2000 US$ © CFP

La proposition d’inscription des requins-hâ (Galeorhinus galeus) et des requins émissoles (genre Mustelus) à l’Annexe II présentée par le Brésil, l’Equateur, le Panama, le Sénégal et l’Union européenne a été acceptée par consensus. La chair de requin-hâ fait l’objet d’un commerce international sous forme de produits frais congelés et de produits salés séchés. “A la Trace” a relevé des saisies de viande de requin-hâ entre 2022 et 2024 en Argentine et au Mexique. Les ailerons de requin-hâ font l’objet d’une contrebande vers l’Asie mais l’ampleur du marché est difficile à évaluer faute d’identification précise.

La proposition d’inscription des 16 espèces de squales-chagrins (famille Centrophoridae) à l’Annexe II présentée par 4 pays d’Amérique du Sud (Brésil, Equateur, Panama, République dominicaine), 3 pays d’Afrique (Comores, Nigeria, Sénégal), 2 pays d’Asie (Liban, République arabe syrienne), l’Union européenne et le Royaume-Uni a été acceptée par 119 voix pour, 19 contre et 6 abstentions. L’huile de foie de ces requins est utilisée dans les produits cosmétiques et soins anti-âge, les compléments oméga 3 et les adjuvants vaccinaux. L’inscription en Annexe II de ces requins d’eau profonde devrait imposer plus de transparence dans les échanges internationaux de leurs sous-produits.

La proposition d’amendement concernant les raies-guitares du genre Glaucostegus présentée par 17 pays d’Afrique, 2 pays d’Amérique du Sud et 2 pays d’Asie a été acceptée par 105 voix pour, 23 contre et 7 abstentions. L’Annexe II sera dorénavant assortie “d’un quota d’exportation annuel nul pour les spécimens prélevés à l’état sauvage à des fins commerciales”. Les raies-guitares du genre Glaucostegus ont été inscrites à l’Annexe II durant la CoP18 de la CITES en août 2019 avec entrée en vigueur le 26 novembre 2019.

La proposition d’amendement concernant les raies-guitares de la famille Rhinidae présentée par 17 pays d’Afrique, 2 pays d’Amérique du Sud et 2 pays d’Asie a été acceptée par 118 voix pour, 20 contre et 2 abstentions. L’Annexe II sera dorénavant assortie “d’un quota d’exportation annuel nul pour les spécimens prélevés à l’état sauvage à des fins commerciales”. Les raies-guitares de la famille Rhinidae ont été inscrites à l’Annexe II durant la CoP18 de la CITES en août 2019 avec entrée en vigueur le 26 novembre 2019. “A la Trace” a relevé entre 2016 et 2022 des saisies de carcasses et d’ailerons de raies-guitares de la famille Rhinidae au Gabon, en Chine continentale, en Indonésie, aux Philippines et au Sri Lanka. Sur le marché noir, les ailerons de raie-guitare tendent à se substituer aux ailerons de requin.

Rhynchobatus australiae © Jasmin O’Brie

La proposition d’inscription des ormeaux d’Afrique du Sud à l’Annexe II sous forme séchée uniquement sera examinée la semaine prochaine.

 

Voir l’ensemble des publications de Robin des Bois au sujet de la Cop20 de la CITES en Ouzbékistan

 

 

 

 

 

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