Les 16 et 17 septembre 2026, plus d’une centaine d’experts se sont réunis au Musée océanographique de Monaco pour un symposium international sur les munitions historiques immergées, en particulier pendant et après les deux Guerres mondiales. Cette réunion a permis de faire le point sur la cartographie des décharges sous-marines de munitions et des épaves militaires sur les fonds de l’océan mondial, avec une attention particulière sur la mer du Nord, l’Atlantique Est, la Méditerranée, l’Adriatique et la Baltique. Les sources d’informations disponibles pour compléter les inventaires, les méthodes de détection, d’identification et de neutralisation, les connaissances sur le comportement des explosifs et des agents chimiques soumis aux éléments marins, les meilleures méthodes pour assurer la protection des démineurs et de l’environnement ont été partagées. Les actions et programmes en cours en Allemagne, à Malte, aux Pays-Bas, en Israël, au Monténégro, en Croatie, en Italie et en Turquie ont été présentés.
La France est concernée par une centaine de décharges sous-marines de munitions et des centaines d’épaves de navires et d’avions. Fidèle à sa culture du secret et de l’esquive, elle a décliné l’invitation à présenter ses connaissances et perspectives. Robin des Bois a répondu à l’invitation. C’était la seule ONG participante. L’association a présenté l’historique de sa campagne déchets de guerre initiée en l’an 2000, ses inventaires des découvertes de munitions et d’épaves, ses sources d’informations, les obstacles qu’elle rencontre dans ses investigations, les avancées qu’elle a obtenues pour une meilleure information des citoyens sur les risques des découvertes de vieilles munitions en particulier sur les plages.
Les perspectives de Robin des Bois sont notamment :
– Informer les populations, même si cela froisse les offices de tourisme.
– Effectuer des analyses de produits de la mer pêchés à proximité des décharges sous-marines et des épaves.
– Redéfinir les protocoles de mise en sécurité des munitions quand elles sont découvertes par les marins-pêcheurs.
– Faciliter l’accès aux archives historiques pour consolider les inventaires.
– Hiérarchiser les sites les plus problématiques d’un point de vue sanitaire et environnemental et sélectionner les sites pilotes pour des opérations de dépollution.
– Déterminer les meilleures techniques disponibles pour les opérations de dépollution, notamment pour réduire les effets des ondes de choc qui mutilent les poissons, les marsouins et autres mammifères marins, et pour minimiser la dispersion du TNT et de ses dérivés.
– Renforcer les moyens des démineurs en mer et à terre.
– Améliorer la coopération entre les Etats et la coopération entre les Conventions de mers régionales et les organisations des Nations Unies.
– Mettre en place une Responsabilité Elargie des Producteurs pour les fabricants de munitions. Les guerres d’aujourd’hui produisent les décharges et les pollutions de demain.
Certains de ces axes d’amélioration font l’objet de travaux en cours. Il faut maintenant des actions concrètes pour que les engagements de la France et de l’Allemagne pris lors de la 3ème Conférence des Nations unies sur l’Océan à Nice en 2025 se matérialisent. Les deux pays ont déclaré reconnaître “les risques importants pour l’environnement, la santé et l’économie que représentent les munitions conventionnelles et chimiques immergées dans les eaux des Etats membres de l’Union européenne, en particulier dans la mer Baltique et la mer du Nord, et s’engagent à résoudre ce problème hérité du passé.” Premier pas, le 17 septembre le gouvernement fédéral allemand de l’Environnement a attribué au consortium DSTAR la construction d’une unité mobile de récupération et de neutralisation des munitions anciennes immergées en mer du Nord et en mer Baltique après les deux Guerres mondiales. Construite par un chantier naval de Basse-Saxe, elle devrait être lancée fin 2028.
Le symposium de Monaco était organisé dans le cadre des projets MMinE-SwEEPER et CAMMera financés par l’Union européenne. L’UE collecte auprès des pays membres des informations qui pourraient contribuer à une stratégie commune visant à une neutralisation sécurisée des munitions immergées, en priorité en mer du Nord et en Baltique.

Charlotte Nithart, Robin des Bois, Musée océanographique de Monaco, 17 septembre 2026; Brûlures par phosphore blanc © Préfecture du Calvados; Destruction de munitions au large du Tréport © Marine nationale; le projet d’unité mobile de récupération et de neutralisation des munitions anciennes immergées du consortium DSTAR © Dynasafe.
Lien vers notre dernier inventaire des découvertes de déchets de guerre:
https://robindesbois.org/abus-obus/
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