Ograno

7 avril 2026

1. Un ogre dévore la presqu’île de la Hague, ses landes et ses marais.

Orano, ex-Areva, ex-Cogema (Compagnie Générale des Matières nucléaires), ex-CEA (Commissariat à l’Energie Atomique), s’étale sur 3 km de long et 1 km de large, soit 300 hectares d’une champignonnière atomique où s’entremêlent des INB (Installations Nucléaires de Base) déclassées (Avale ton passé), des projets d’INB (dénommés par Orano “Aval du futur”) et des INB en exploitation dans des forteresses en béton armé vieilli par les embruns de l’océan Atlantique.

L’ogre a mis le pied sur la presqu’île en 1960 en se dissimulant sous les oripeaux d’une usine d’électro… ménager. Aujourd’hui Ograno veut grignoter 3,4 hectares de plus de landes et de saulaies pour installer un “magasin central” qui n’a rien de central et qui sera une ICPE (Installation Classée pour la Protection de l’Environnement). Ograno tient à nous rassurer en précisant que ce ne sera pas un site Seveso. Ledit “magasin central” serait séparé de son corps principal par un massif de 600 mètres de long, de 300 mètres de large et d’une dizaine de mètres d’altitude, connu sous le nom de “mont Andra”. Il est constitué de 900.000 tonnes et plus de déchets radioactifs. Sa toiture en terre végétale et en minéraux concassés s’affaisse par endroits et les talus glissent.

Dans la consultation du public ouverte du 3 avril au 3 juillet 2026, les 3,4 hectares aujourd’hui convoités par Ograno – ce n’est qu’un hors-d’œuvre – sont qualifiés “d’anthropisés”, quasiment dénaturés. Les dommages infligés aux vipères péliades, aux lézards vivipares, aux couleuvres helvétiques, aux orvets fragiles, aux crapauds alytes accoucheurs, aux grenouilles vertes, aux tritons alpestres, aux bouvreuils pivoines, aux engoulevents d’Europe, aux chauves-souris et à d’autres petits mammifères dont Robin des Bois pendant son exploration a pu relever les traces sont évidemment considérés comme globalement “négligeables”.

C’est ici qu’Ograno veut s’étaler. Au fond à droite, la paroi Est du mont Andra.
© Robin des Bois, janvier 2026

2. Le dimanche 11 janvier 2026 à 14h30, 2 jours après la tempête Goretti*, un train de marchandises en provenance du port de Cherbourg et à destination de Bayonne a déraillé à Carentan sur la ligne inaugurée par Napoléon III en 1858. Selon les historiens du réseau SNCF, la difficulté majeure concernait la traversée des marais de Carentan et de leur sol instable. Le problème a été résolu en jetant des centaines de milliers d’arbres et de fagots pour asseoir solidement le ballast, rappelle La Presse de la Manche dans sa rubrique “Ça s’est passé” en juillet 2025. 168 ans après, les fagots ont lâché. 15 des 17 wagons du train de marchandises sont sortis des rails.

Les marais inondés © Robin des Bois, 18 janvier 2026

Le déraillement © Robin des Bois, 18 janvier 2026

“Un pont qui enjambe la rivière la Taute, affluent du fleuve côtier la Douve, semble avoir légèrement bougé.” “Arrêt total des circulations en provenance et à destination de Cherbourg” déclare, péremptoire et prudent, le directeur régional de la SNCF le 12 janvier. La ligne ne comporte que 2 voies parallèles et mitoyennes, une en provenance de Cherbourg, l’autre à destination de Cherbourg.

Le pont-rail de la Taute après l’accident
© Robin des Bois, 18 janvier 2026

Le 21 janvier, 10 jours après le déraillement, Ograno La Hague, pressé d’ingurgiter un convoi de combustibles irradiés en provenance d’une centrale nucléaire française ou étrangère, a bénéficié d’un passe-droit de la SNCF. “Il s’agissait d’un besoin important et exceptionnel” dit la SNCF. Robin des Bois a cherché à savoir quels experts avaient autorisé ce passage à risques et n’a obtenu aucune réponse claire. L’ASNR (Autorité de Sûreté Nucléaire et de Radioprotection), dont l’une des missions est de contrôler les transports de combustibles nucléaires et de colis de substances radioactives, a répondu à Robin des Bois le 9 mars dans ces termes (extraits): “L’ASNR attire en premier lieu votre attention sur le fait qu’elle n’est pas compétente sur la définition des itinéraires de transports et l’état du réseau ferré […]. La sécurité des transports [de matières nucléaires] par voie ferrée est assurée par la SNCF et ses filiales, ainsi que par l’opérateur du convoi (…)” “Ainsi, un convoi de wagons de combustibles usés a utilisé cette voie le 21 janvier 2026. Un transport de citernes LR65 contenant du nitrate d’uranyle [en provenance de la Hague et à destination du site du Tricastin dans la Drôme] a transité également sur cette voie le 28 janvier, suivi d’un autre convoi de combustibles usés le 9 février.” Le trafic pour les trains voyageurs a été rétabli le 5 mars et le trafic pour les trains de marchandises hors nucléaires est toujours suspendu.

En conclusion, provisoire, Robin des Bois constate que coûte que coûte Orano la Hague doit continuer à ingérer des combustibles irradiés et à éjecter les sous-produits de son transit. Robin des Bois a plusieurs fois demandé notamment en réunion du HCTISN (Haut Comité pour la Transparence et l’Information sur la Sécurité Nucléaire) ce qu’il adviendrait de la filière nucléaire si un jour l’usine de la Hague pour une raison ou une autre était indisponible. Cette hypothèse préoccupait au plus haut niveau l’ASN (Autorité de Sûreté Nucléaire) et préoccupe au plus haut niveau l’ASNR. Mais à ce jour, il n’y a pas de plan B connu.

* Voir à ce sujet “Le nucléaire battu par les hauts du sel et du vent”, communiqué du 5 février 2026. https://robindesbois.org/le-nucleaire-battu-par-les-hauts-du-sel-et-du-vent/

 

 

 

 

 

 

 

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