Panique dans les nids en Normandie

13 mars 2024

La Région Normandie et le Comité du Débarquement programment dans la nuit du 1er juin 2024 une guerre du feu sur 95 km de littoral entre Sainte-Mère-Eglise (Manche) et Ranville (Calvados). Les plages d’Utah Beach, d’Omaha Beach, de Gold Beach, de Juno Beach et de Sword Beach seront embrasées par 19 feux d’artifices synchronisés. La commémoration du 80ème anniversaire du D-DAY n’a rien de pacifique

 

37 Zones Naturelles d’Intérêt Ecologique, Faunistique et Floristique terrestres et marines et 10 zones Natura 2000 seront touchées par le sinistre.
Plusieurs milliers d’oiseaux protégés, des gravelots, des sternes, des pipits, des alouettes, des hirondelles, des martinets, des fous de bassan, des cigognes, des aigrettes, des chouettes, des hiboux, des busards, des éperviers, des faucons, des milans seront surpris, épouvantés, quitteront leurs nids abandonnant pour certains leurs oisillons.
L’arrêté du 29 octobre 2009 fixant la liste des oiseaux protégés sur l’ensemble du territoire national interdit “la perturbation intentionnelle des oiseaux, notamment pendant la période de reproduction et de dépendance, pour autant que la perturbation remette en cause le bon accomplissement des cycles biologiques de l’espèce considérée.
Or, la bibliographie mondiale ne laisse aucun doute sur la rupture des nidifications et des nourrissages, sur la panique des oiseaux, sur des collisions en plein vol et même sur le long terme, sur le ralentissement de la croissance des juvéniles qui ont survécu à la pollution acoustique et lumineuse.

 

L’hécatombe n’épargnera pas les chauves-souris. Les chauves-souris quittent leurs gîtes la nuit pour leurs quêtes alimentaires. L’arrêté du 23 avril 2007 fixant la liste des mammifères terrestres protégés, dont les chauves-souris, interdit “sur tout le territoire métropolitain et en tout temps la destruction, la mutilation, la capture ou l’enlèvement, la perturbation intentionnelle des animaux dans le milieu naturel“. Les 13 espèces présentes sur le littoral perturbé seront à la fois éblouies et assourdies.

Les phoques veau-marins présents dans la Baie des Veys et dans l’estuaire de l’Orne subiront eux aussi des dérangements d’autant plus pénalisants que les naissances ont lieu entre juin et août.

Les vacarmes, les vibrations et les flashs émis par les feux d’artifices produisent une augmentation majeure du rythme cardiaque chez tous les animaux domestiques et sauvages. Les chevaux n’échapperont pas au stress, au risque de s’emporter dans des courses folles, de s’empêtrer dans des clôtures et de se blesser.

Chaque feu d’artifice émet, en quantité importante, des dioxines, des particules fines, du méthane, des éléments traces de métaux lourds (ETM), des débris microplastiques, des résidus de soufre et de perchlorate.
Les couleurs des feux d’artifices ne sont pas d’origine végétale. Le strontium, le lithium, le baryum, le titane, le sodium, le cuivre, le calcium font le rouge, le vert, l’argenté, le blanc, le jaune, le bleu et l’orange, et pour les effets spéciaux l’antimoine, le zinc et l’aluminium complètent l’artillerie lourde.

Selon les conditions météo du moment, les poussières, les résidus toxiques et les braises retomberont en mer, sur les falaises, dans les marais et sur les plages, un fardeau toxique supplémentaire pour les chaînes alimentaires et un risque d’incendie dans les landes.

Robin des Bois demande l’annulation de cette attaque pyrotechnique.

 

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Bateman Philip W., Gilson Lauren N., Bradshaw Penelope (2023) Not just a flash in the pan: short and long term impacts of fireworks on the environment. Pacific Conservation Biology 29, 396-401. https://doi.org/10.1071/PC22040

 

 

 

 

 

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