Alerte sur la flotte mondiale des bétaillères maritimes

28 juin 2026

Les ONG française Robin des Bois, allemande Animal Welfare Foundation et suisse Tierschutzbund Zürich publient la première analyse de la flotte mondiale des bétaillères maritimes. Ce rapport encyclopédique (413 pages) fait suite à deux rapports dédiés aux navires approuvés par l’Union européenne. Il prouve que sur l’océan mondial, les animaux d’élevage sont transportés sur des vieux cargos d’une autre ère. Sur les 159 navires de transport de bétail officiellement enregistrés dans le monde, 134 n’ont pas été construits pour transporter des animaux vivants. La moyenne d’âge des bétaillères en exploitation est de 40 ans et la plus vieille est âgée de 66 ans. Ces navires convertis sont perclus de graves défaillances techniques et mériteraient, plus qu’ils ne le sont, d’être arrêtés dans leurs courses fatales par les inspecteurs dans les ports du monde entier. Ils transportent chaque année au moins 20 millions de bovins, d’ovins et de caprins à travers les océans.

Le Spiridon II, 2025
© Animal Welfare Foundation | Tierschutzbund Zürich | Animal Save Movement Türkiye

 

Le cas du Spiridon II, actuellement devant les tribunaux, démontre les conséquences dévastatrices de ce commerce mondial. L’automne dernier, ce navire âgé de 53 ans, ex-cargo polyvalent construit en Finlande et battant pavillon du Togo, a transporté près de 3000 bovins de l’Uruguay vers la Türkiye. Avant même son départ, il a connu des problèmes techniques et de longs retards. Les vaches gestantes ont mis bas pendant la traversée dans des conditions épouvantables. Après le refus de débarquement en Türkiye, les animaux sont restés bloqués à bord pendant des semaines. Des centaines d’entre eux sont morts.

Le Spiridon II n’est pas une tragédie isolée, mais le symptôme d’un secteur mal réglementé qui s’appuie depuis des années sur des navires vieillissants et non conformes aux normes, tout en traitant des animaux sensibles comme de simples marchandises”, déclare Maria Boada Saña, de l’organisation allemande Animal Welfare Foundation.

84 % des 159 navires de transport de bétail avaient été initialement construits comme des cargos polyvalents, des tankers, des porte-conteneurs et des voituriers, puis convertis en navires de transport de bétail plusieurs décennies plus tard. “Entre janvier 2024 et mars 2026, 10 vieux navires ont été convertis en bétaillères, contre seulement trois en 2022 et 2023. La tendance à la conversion s’aggrave” déclare Jacky Bonnemains, directeur de Robin des Bois.

En 2024, des déficiences ont été identifiées lors de 88 % des inspections des bétaillères maritimes. Au total, 15 % des navires ont été détenus – soit près de quatre fois le taux moyen de détention pour l’ensemble des navires toutes catégories confondues. “Bien qu’ils transportent des animaux, les navires de transport de bétail constituent la flotte la plus dangereuse au monde depuis six années consécutives. Notre rapport montre que bon nombre de ces navires auraient dû être mis hors service depuis longtemps”, déclare Maria Boada Saña.

“Ce rapport montre clairement que ces problèmes vont bien au-delà du bien-être animal. Ils affectent également la sécurité maritime, la protection de l’environnement marin et les conditions de travail des marins”, souligne Jacky Bonnemains.

A bord du Spiridon II, 2025
© Animal Welfare Foundation

Près d’un tiers des navires inspectés ont enfreint les réglementations environnementales internationales en 2024–2025. En raison de leur âge, de nombreuses bétaillères maritimes ne respectent pas la Convention internationale pour la prévention de la pollution par les navires (MARPOL). De plus, des violations des normes internationales du travail ont été constatées sur 60 navires, notamment des déficiences concernant l’hébergement de l’équipage, les conditions de travail, les salaires et la protection sociale.

Près de la moitié de la flotte navigue sous des pavillons figurant sur la liste noire du Mémorandum d’entente de Paris. De nombreux navires sont certifiés par des sociétés de classification de second rang. Elles ne sont pas reconnues par l’Association Internationale des sociétés de classification (IACS, International Association of Classification Society).

Des structures de propriété complexes impliquant des sociétés écrans brouillent encore davantage les responsabilités.

“C’est incroyable, déclare Jacky Bonnemains, le chef mécanicien de l’Al Maha, aujourd’hui Al Fahad 1, est resté à bord 13 années en travaux forcés sans être payé.” “Dans certains cas, les excréments des animaux sur les ponts supérieurs dégoulinent dans les abreuvoirs et les mangeoires des ponts inférieurs” s’indigne Charlotte Nithart, présidente de Robin des Bois.

A bord du Spiridon II, 2025
© Animal Welfare Foundation

Robin des Bois, l’Animal Welfare Foundation et Tierschutzbund Zürich exhortent donc les gouvernements de tous les pays impliqués dans le commerce d’animaux vivants par voie maritime à prendre des mesures décisives :

Elever les niveaux d’exigence et combler toutes les déficiences dans l’application des réglementations sociales et environnementales.
Protéger les animaux, les équipages et l’océan.
Interdire les exportations d’animaux vivants et mettre fin à cette cruauté.

Accès au rapport complet (pdf 413 pages, 12,9 Mo).
Vidéo de présentation:

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