Flotte fantôme, vaisseau fantôme

27 mars 2026

Mise à jour 1er avril 2026.

Ce n’est pas un poisson d’avril: la patate chaude de l’Arctic Metagaz

Robin des Bois dans son communiqué du 27 mars avait raison de dire que la destination exacte du convoi de remorquage de l’Arctic Metagaz était floue. D’après les dernières informations, le Maridive 701 plutôt que de rapprocher l’épave des côtes libyennes l’a au contraire éloignée et abandonnée à la limite de la zone de sauvetage sous la responsabilité de la république de Malte. L’Union européenne se trouve donc à nouveau directement concernée par les suites de ce fait de guerre dérivant du conflit entre la Russie et l’Ukraine. Un coup de vent est prévu en Méditerranée du 1er au 3 avril. La gîte de l’Arctic Metagaz s’accentue et le risque de naufrage par au moins 1000 m de fonds s’aggrave.

Communiqué du 27 mars 2026

Depuis le 3 mars 2026, 4h du matin, l’épave de l’Arctic Metagaz, un tanker qui était plein de Gaz Naturel Liquéfié, encombre la Méditerranée.

L’épave de l’Arctic Metagaz. DR

L’Arctic Metagaz était en provenance de l’Arctique russe. Après un transbordement ship-to-ship avec le Christophe de Margerie au large de Mourmansk, il était à destination du terminal gazier de Beihai, province du Guangxi en Chine, en passant par le canal de SuezPour expliquer la dévastation de l’Arctic Metagaz, l’hypothèse d’une attaque par des drones ukrainiens est privilégiée, d’autant que dans la nuit du 18 au 19 décembre 2025 au large de la Crète, le pétrolier Qendil accusé comme l’Arctic Metagaz d’appartenir à la flotte fantôme russe a été ciblé par une attaque ukrainienne et revendiquée comme telle.

Les 30 membres de l’équipage de l’Arctic Metagaz qui seraient tous de nationalité russe ont été selon des informations en provenance de Libye miraculeusement sauvés. Ils auraient été récupérés dans une chaloupe de sauvetage par les services de secours libyens. Deux d’entre eux seraient gravement brûlés et auraient été transférés par avion en Russie.

Les seules traces de l’explosion et de l’incendie à bord de l’Arctic Metagaz sont des boules de feu jaillissant en pleine nuit de la mer, prises depuis un navire marchand qui heureusement passait au loin.

Photo via X-Christiaan Triebert
Explosion à bord de l’Arctic Metagaz le 3 mars 2026

Pendant trois semaines, le fantôme de l’Arctic Metagaz, tous feux éteints, a hanté la Méditerranée et mis en péril la sécurité maritime en dérivant au gré des vents et des courants au large de Malte, de la Sicile et de l’île italienne de Lampedusa. Neuf pays de l’Union européenne dont la France et l’Italie ont écrit le 17 mars à la Commission européenne pour réclamer une action urgente : “L’état précaire du navire, combiné à la nature de sa cargaison spécialisée, fait peser un risque imminent et grave de catastrophe écologique majeure au cœur de l’espace maritime de l’UnionInterrogé le 19 mars par le quotidien Aujourd’hui/Le Parisien, le directeur de Robin des Bois Jacky Bonnemains réagissait : “Quand il y a un risque d’accident, on n’écrit pas, on agit“.

L’Arctic Metagaz a ensuite poursuivi sa dérive vers le sud, les côtes libyennes, et il a fini par menacer le champ pétrolier offshore de Bouri qui, à 120 km au nord-ouest de Tripoli et à 80 kilomètres des côtes tunisiennes, est exploité conjointement par la National Oil Corporation et la compagnie italienne ENI (Ente Nazionale Idrocarburi). Le 24 mars, après 21 jours d’errance et d’immobilisme de l’Union européenne, l’Arctic Metagaz a enfin été pris en remorque par l’Assameeda, un remorqueur libyen. Il y avait urgence. Il fallait éviter à tout prix la collision de l’épave égarée avec les plateformes pétrolières. Le Maridive 701 battant pavillon Bélize a pris le relais de l’Assameeda le 25 mars. Aujourd’hui 27 mars, le convoi se dirigerait vers le port de Misrata à très petite vitesse. Des inquiétudes et des protestations commencent à s’élever ici et là parmi les populations côtières de Libye. L’Arctic Metagaz continue à faire peur. A vrai dire, sa destination exacte reste floue. Il n’y a aucun chantier de démolition des navires en Libye. Même si d’après notre expertise il n’y a plus de grosses quantités de gaz dans les citernes du méthanier russe, sa démolition sans inertage préalable exposerait les travailleurs à des risques mortels et les environs à des risques de surpression. Les chantiers les plus proches qui puissent démanteler l’Arctic Metagaz avec un minimum de risques sont en Turquie.

DR

L’épave de l’Arctic Metagaz est de plus en plus instable. La gîte de sa partie arrière s’aggrave. Il risque de couler avec ses hydrocarbures de propulsion, ses peintures, ses fluides techniques toxiques et les résidus de combustion. Malgré tout, c’est peut-être l’option privilégiée par l’Union européenne et les pays riverains de la Méditerranée. A suivre.

La flotte mondiale compte aujourd’hui environ 800 tankers transporteurs de Gaz Naturel Liquéfié (GNL) dits méthaniers. Douze battent pavillon russe et 35 battent pavillon français. Entre 1963 et 2022, 249 accidents/incidents impliquant des méthaniers ont été inventoriés dans le monde dont 39 collisions, 20 incendies ou explosions et 18 échouages. En 2002 le Norman Lady a été éperonné par le sous-marin nucléaire d’attaque de l’US Navy USS Oklahoma City dans le détroit de Gibraltar. Le Norman Lady était vide. Le cas de l’Arctic Metagaz est une première mondiale. Les pires explosions de GNL se sont jusqu’alors déroulées à terre. En juin 2020, l’explosion près de Liangshan dans la province du Zhejiang en Chine d’un camion-citerne chargé d’environ 80 m3 de GNL a fait 20 morts, 172 blessés dont 24 graves et dévasté des quartiers entiers. L’Arctic Metagaz en transportait plus de 100.000.

 

Arctic Metagaz (ex-Metagas Everest, ex-Everest Energy, ex-Metagas Everest, ex-BW Everett, ex-BW Gdf Suez Everett, ex-BW Suez Everett, ex-Berge Everett). OMI 9243148. Méthanier. Longueur 277 m. Port en lourd 77.551 tonnes. Capacité : 138.028 m3 de GNL. Construit en 2003 à Okpo (Corée du Sud) par Daewoo SB & ME Co. 23 ans.
Pavillon Russie depuis avril 2025 ; liste grise d’après le Mémorandum de Paris. Précédemment pavillon Curaçao usurpé (à partir de septembre 2024), Palaos (à partir de mai 2024), Liberia (à partir de septembre 2023), Singapour (à partir de juin 2014), Norvège (à partir de juin 2003).
Société de classification Russian Maritime Register of Shipping depuis novembre 2024, performance élevée d’après le Mémorandum de Paris. La Russian Maritime Register of Shipping a été exclue de l’IACS (Association internationale des sociétés de classification) depuis le 11 mars 2022 à la suite de l’invasion de l’Ukraine.
Le propriétaire est depuis le 28 mai 2024 la Lathyrus Shipping Co enregistrée au Liberia. L’Arctic Metagaz est exploité par la Ocean Speedstar Solutions (OPC) Pvt Ltd (Inde).
Pas de détentions.

 

A relire :
“Brest, tous aux abris”, 11 février 2022
Le gaz russe à la trace“, 4 mars 2022
“Le gaz russe avance masqué”, 18 mars 2022
“Le gaz russe avance masqué – suite”, 26 mars 2022
“Arrivée du Clean Planet au terminal gazier de Dunkerque”, 30 mars 2022
“Les roublards”, 7 avril 2022
“Le terminal gazier du Havre en phase terminale”, 13 septembre 2023

 

 

 

 

 

 

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