Communiqué CITES CoP20 n°7
Protection renforcée des gazelles dorcas (Gazella dorcas)
La proposition du Bénin, du Burkina Faso, du Mali, de la Mauritanie, du Niger, du Nigeria, du Sénégal, du Soudan et de la Tunisie d’inscrire les gazelles dorcas à l’Annexe II a été acceptée par consensus. Djibouti, l’Algérie, le Maroc, Israël qui sont également des pays de l’aire de répartition ont exprimé leur soutien durant les débats ainsi que le Togo, le Gabon, le Brésil, le Panama et le Royaume-Uni. Aucun pays ne s’est exprimé contre la proposition. Les gazelles dorcas seraient aujourd’hui moins de 10.000 dans leur vaste aire de répartition originelle qui s’étend de la Mauritanie à l’ouest au Soudan à l’est. Elles seraient éteintes au Sénégal. Elles sont victimes de la chasse motorisée et du marché des animaux de compagnie. Les principaux pays prédateurs et importateurs sont les Emirats arabes unis, le Qatar et l’Arabie saoudite. Les gazelles dorcas n’ont pas résisté à la chasse ou à la capture intensives alors qu’elles sont résistantes à la sécheresse. Elles peuvent satisfaire leurs besoins en eau en broutant des végétaux à forte teneur en eau. Les trophées, la viande, les crânes, les peaux, les squelettes et les individus vivants font l’objet d’un commerce international légal ou illégal.
“A la Trace” a relevé entre 2013 et 2022 des braconnages par des émirs du Bahreïn, du Qatar, de l’Arabie saoudite et des Emirats Arabes Unis utilisant des 4×4 et des quads et par des braconniers en Algérie, au Niger et en Tunisie.
La gazelle dorcas mériterait en fait d’être inscrite à l’Annexe I mais l’Annexe II va contribuer à freiner l’hémorragie.
Gazella dorcas © Jukka Jantunen
Menaces sur les saïgas (Saiga tatarica)
Les antilopes saïga ont été inscrites en Annexe II de la CITES en 1995.
Cette inscription a été durcie en 2019 par un quota d’exportation zéro, ce qui revenait de fait à une interdiction du commerce international.
Le Kazakhstan souhaitait être à nouveau autorisé à exporter des cornes de “ses” saïgas.
Suite à des discussions avec l’Union européenne, le Royaume-Uni et les Etats-Unis d’Amérique, le Kazakhstan a proposé un amendement limitant les exportations à 30 tonnes de cornes provenant des stocks gouvernementaux (10 tonnes/an jusqu’à la CoP21) au cours des 3 prochaines années, avec diverses mesures de contrôle ressemblant à celles requises pour les “ventes uniques” d’ivoire d’éléphant. Ces ventes avaient abouti à une reprise du braconnage des éléphants et de la contrebande d’ivoire. Les stocks du Kazakhstan ont été constitués à partir de saisies, de morts naturelles ou accidentelles, d’abattages légaux pour limiter les surpopulations et les dommages aux cultures (voir à ce sujet “A la Trace” n°42 p.50-51 réf.13 et “Le gloubi-boulga des antilopes saïgas”, n°44 p.68 réf.18). Ils sont évalués par le Kazakhstan à plus de 62.000 cornes soit 12 tonnes sur la base d’un poids moyen de 200 grammes par corne.
La proposition amendée a reçu un soutien massif (Algérie au nom du “groupe africain”, Koweït, Kirghizistan, Tadjikistan, Qatar, Brésil, Mexique, Colombie, Azerbaïdjan, Ouzbékistan, Russie, Singapore, Namibie, Japon et Chine notamment). La Chine s’est enthousiasmée et a affirmé que “l’utilisation durable de cette espèce contribue à sa conservation”.
Saisie de 2099 cornes en Chine continentale en mars 2021 © Legal Daily
Le seul pays à avoir bravé ce conte de fées est la Mongolie. Elle a souligné l’impossibilité pour les douaniers de faire la différence entre les cornes de saïga vivant en Mongolie de celles de saïgas vivant au Kazakhstan et le risque que cette reprise du commerce stimule la demande toujours très vive, augmente le braconnage et le commerce illégal. Le délégué mongol a aussi dit une vérité crue : 30 tonnes de cornes, ce sont 75.000 saïgas mâles.
Malgré le rouleau compresseur des Etats en faveur de la proposition, soutenus par TRAFFIC et l’IUCN, la Mongolie n’a pas calé et a demandé un vote. 111 pays ont voté pour la proposition du Kazakhstan amendée. Seuls 7 pays ont voté contre : le Bangladesh, les Comores, le Guatemala, le Monténégro, l’Uruguay, Fidji et la Mongolie.
“A la Trace” a relevé entre 2013 et 2025 des braconnages, des trafics et des saisies de cornes de saïga en Chine continentale, à Hong Kong, au Kazakhstan, au Kirghizistan, en Mongolie, au Vietnam, en Türkiye, en République tchèque, en Russie et en Ukraine. Le bilan global des saisies s’élève à 86.000 cornes environ. Une corne se vend jusqu’à 150 US$ en Chine. Seules les antilopes saïgas mâles portent des cornes. Les antilopes saïgas sont victimes d’épizooties foudroyantes attribuées à la fièvre aphteuse et à des bactéries pathogènes du type Pasteurella. La dernière a eu lieu en 2015. Environ 200.000 antilopes saïgas en ont été victimes. Les médications à base de cornes de saïga sont réputées en Asie avoir des vertus revigorantes et aphrodisiaques.
Union sacrée pour les girafesunies
La proposition de la Namibie, de l’Afrique du Sud, de la Tanzanie et du Zimbabwe de rayer de l’Annexe II les populations de girafes d’Angola, du Malawi, du Mozambique, d’Afrique du Sud, du Botswana, de l’Eswatini, de la Namibie et du Zimbabwe a été rejetée. Ces 5 derniers pays avaient émis des réserves à l’inscription à l’Annexe II des girafes Giraffa camelopardalis décidée à la CoP18 en août 2019 à Genève, Suisse. Selon Charlotte Nithart, représentante de Robin des Bois à la CoP18 comme à la CoP20, “il était temps que la communauté internationale réagisse.” “La girafe est une victime collatérale de la disparition des éléphants. Ses os sont de plus en plus utilisés comme substitut à l’ivoire. Les girafes sont aussi une victime de choix pour ceux qui veulent un peu d’Afrique morte chez eux et pour les zoos.”
Les pays proposants ont rappelé que “de récentes révisions taxonomiques ont reclassé Giraffa camelopardalis en quatre espèces distinctes, dont la girafe du Sud (Giraffa giraffa)”, elle-même divisée en deux sous-espèces : la girafe d’Afrique du Sud (G. g. giraffa) et la girafe d’Angola (G. g. angolensis) et que cette nouvelle division taxonomique a été reconnue par le GOSG (groupe de spécialistes des girafes et des okapis de l’UICN) en août 2025. Compte tenu de la bonne santé alléguée des populations de girafes du Sud et de girafes d’Angola, les pays proposants souhaitaient donc que ces deux sous-espèces soient rayées de l’Annexe II.
Le Sénégal et le Bénin ont souligné qu’une inscription différente selon les pays risquait d’augmenter les risques de fraude et de contrebande des os ou autres parties de girafe. Par exemple, “comment faire la différence entre un fémur de girafe de Namibie et un fémur de girafe du Kenya ?” Ils ont été soutenus en ce sens par le Niger, le Rwanda et le Kenya. Le Kenya a rappelé que la chair de girafe fait aussi l’objet de mouvements transfrontaliers.
Avant le vote qui a eu lieu à bulletin secret, le Botswana, le Japon, le Malawi, les Emirats Arabes Unis, les Etats-Unis d’Amérique et la Zambie ont exprimé leur soutien à la proposition. L’Union européenne a rappelé qu’elle avait soutenu l’inscription des girafes en Annexe II et que les os étaient utilisés notamment en coutellerie. La proposition a été rejetée par 49 voix pour, 48 contre et 38 abstentions dont l’Union européenne.
“A la Trace” a relevé entre 2014 et 2025 un bond des braconnages de girafes, des saisies d’os, de crânes, de peaux, de queues, de trophées, de spécimens naturalisés, de viande, des trafics d’accessoires en Afrique du Sud, au Cameroun, au Kenya, au Mali, au Mozambique, en Namibie, en Ouganda, en République démocratique du Congo, en Tanzanie, en Zambie, au Zimbabwe, au Vietnam, aux Etats-Unis d’Amérique, au Brésil, en Irlande, en Norvège, au Royaume-Uni, en Suède, en France, aux Pays-Bas, en Espagne, en Italie et en Nouvelle-Zélande. Dès 2015, “A la Trace” n°7 s’alarmait d’une nouvelle pression sur les populations de girafes. “Après la corne de rhinocéros qui guérit du cancer, c’est au tour de l’os à moelle de la girafe qui guérit du sida. Le symbole national de la Tanzanie est menacé. L’élégante pin-up de la savane a des pieds d’argile.” Au rang des sous-produits de girafe et accessoires sont relevés des décapsuleurs en corne de girafe, des couteaux avec manche en os, des lampes avec pied en os, des tapettes à mouches en queue, des bottes en peau et même une table avec des pieds en pattes de girafe.
Giraffa camelopardalis reticulata © Gerold Morrison
Au secours de l’okapi (Okapia johnstoni)
La République démocratique du Congo, seul pays abritant des okapis, demandait l’inscription de l’espèce en Annexe I. Elle a reçu le soutien du Cameroun, du Bénin, du Bahreïn, du Bénin, du Cameroun, du Zimbabwe, du Rwanda, de la République centrafricaine, du Brésil, de la République dominicaine, de la Bolivie, des Comores, des Etats-Unis d’Amérique, de la Nouvelle-Zélande et de la Chine. Seul le Japon est intervenu contre la proposition. Largement minoritaire, il n’a pas demandé de vote. La proposition a donc été acceptée par consensus.
Au nord-est de la République démocratique du Congo, la réserve de faune à okapis inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco s’étend sur 14.000 km2, soit un cinquième de la forêt d’Ituri. Elle héberge des éléphants, des chimpanzés et quelques milliers d’okapi dans un environnement perturbé par la guerre civile, les mines militaires et les exploitations forestières et minières illégales.
“A la Trace” a relevé entre 2016 et 2024 des saisies de viande, de peau et de graisse en République démocratique du Congo, en République du Congo et en Ouganda. Pour rappel, dans ces deux derniers pays, il n’y a pas d’okapi.
Selon l’ONG Conserv Congo, une peau d’okapi se vend à la sortie de la République démocratique du Congo autour de 10.000 US$. Des soldats de la MONUSCO (Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en république démocratique du Congo) rentrent dans leur pays avec des fioles de graisse d’okapi roborative et curative. Un litre se vend jusqu’à 50.000 US$.
Graisse et peau d’okapi © Okapi Conservation Project
Suspens pour la hyène rayée (Hyaena hyaena)
La proposition du Tadjikistan d’inscrire à l’Annexe I les hyènes rayées a, pour l’instant, été refusée. C’est la première fois que le Tadjikistan, pays membre depuis 2016, faisait une proposition d’inscription d’une espèce aux Annexes de la CITES.
La proposition a reçu le soutien de la plupart des pays de l’aire de répartition : l’Algérie “au nom de tout le groupe africain”, la Tunisie, l’Arménie, la Türkiye, l’Ouzbékistan, Djibouti, l’Iran, le Liban et le Népal. Le Koweït et la Somalie où les hyènes rayées pourraient encore être présentes ont aussi appuyé le Tadjikistan. La Russie et le Kazakhstan ont également exprimé leur soutien.
Djibouti a souligné que la hyène rayée est persécutée en raison de vieilles croyances et le Liban a souligné qu’elle agit en équarisseur naturel. Comme le vautour.
L’Union européenne toute en reconnaissant que les populations de hyènes rayées sont en baisse, n’a pas soutenu la proposition en raison du manque de connaissances récentes sur l’état des populations.
La Tanzanie est le seul pays de l’aire de répartition à s’être opposé à la proposition. Elle a exigé un vote. La proposition a échoué à cause l’Union européenne. Elle a voté contre. Résultats : 75 voix pour, 47 contre et 13 abstentions. La majorité des 2/3 était nécessaire soit 90 voix pour.
Tout n’est pas perdu, le Tadjikistan a annoncé qu’il demanderait peut-être un réexamen de sa proposition lors des séances plénières qui se tiendront les deux derniers jours de cette Conférence des Parties. Peut-être que, à cette occasion, l’Union européenne changera d’option.
“A la Trace” a relevé entre 2015 et 2025 des braconnages, des lynchages et des saisies d’os de hyènes rayées en Algérie, au Kenya, au Maroc, au Nigeria, en Inde, en Iran, au Pakistan, en Israël, en Jordanie et au Liban. Les hyènes sont soumises à tous les tracas. Elles sont victimes des incendies de maquis, des représailles des éleveurs, du délit de sale gueule et de sale odeur et d’une rumeur insistante : dans les médecines parallèles ou du dernier recours, des propriétés magiques sont attribuées à leurs cerveaux.
Saisie d’un squelette de hyène rayée en septembre 2021 en Inde, “A la Trace” n°34 p.86 réf.8
© Ministry of Environment, Forest and Climate Change (Inde)
Voir l’ensemble des publications de Robin des Bois au sujet de la Cop20 de la CITES en Ouzbékistan
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