Le maire de Gravelines qualifie lui-même le site de Gravelines de “troisième centrale nucléaire du monde”. En plus des six réacteurs existants, deux EPR devraient être construits dans un délai maximal de 15 ans dans le cadre de la relance du nucléaire souhaitée par la présidence de la République et le gouvernement.
Aujourd’hui, 14 septembre 2026, selon le journal municipal, le maire de Gravelines posera à 17h30 en grande pompe la première pierre d’un pôle sportif, culturel, événementiel, ludique et “happy hours” qui accueillera l’équipe “identitaire” de basket, des concerts, des séminaires, des foires, et qui pourra accueillir dans sa halle principale 4200 usagers. En contiguïté de cette arène baptisée pour le moment “Sportica 2” seront installés une fan zone, une salle des pas perdus, une “bodega” et d’autres espaces de restauration, des salles de réunion, une “box” regroupant les locaux sportifs, médicaux, une salle de presse et, à quelques mètres, une galerie marchande et une maison de quartier (le projet de piscine a été reporté sur le futur centre aquatique au bord de l’Aa). La jauge maximale de ce centre d’attraction des populations peut être évaluée à environ 6000 personnes.
“Sportica 2” sera au milieu de la zone réflexe de deux kilomètres qui, en cas d’accident majeur à cinétique rapide et d’excursion nucléaire à partir d’un ou de plusieurs des réacteurs, imposerait le confinement total de plusieurs milliers de personnes prises au piège dans un lieu de divertissement et éventuellement dans un deuxième temps leur évacuation à la demande du préfet de la région Hauts-de-France.
La loi du 13 juin 2006 relative à la transparence et à la sécurité en matière nucléaire fixe le cadre nécessaire à la mise en œuvre d’une véritable maîtrise de l’urbanisation autour des Installations Nucléaires de Base (INB). C’est la circulaire de 2010 “relative à la maîtrise des activités au voisinage des Installations Nucléaires de Base susceptibles de présenter des dangers à l’extérieur du site” signée par Jean-Louis Borloo, ministre d’Etat et ministre de l’Ecologie, qui a prescrit la zone réflexe de deux kilomètres dans le cadre d’accidents nucléaires à cinétique rapide (voir à ce sujet le communiqué de Robin des Bois “Cradoactif” en date du 5 mai 2026). Le guide n°15 de l’ASN (Autorité de Sûreté Nucléaire) “Maîtrise des activités au voisinage des installations nucléaires de base” publié en 2016 dit que “l’implantation de nouveaux projets à l’intérieur de la zone d’aléa à cinétique rapide doit toutefois être justifiée”, que “les projets doivent être cohérents, notamment en termes d’ampleur, avec les besoins de la population résidant à l’intérieur de la zone” et qu’ “il convient d’éviter ceux pouvant constituer un point d’attraction des populations de passage ou résidant en dehors de cette zone”. Dans sa réponse du 10 juillet 2026 aux interrogations et aux inquiétudes de Robin des Bois, l’ASNR (Autorité de Sûreté Nucléaire et de Radioprotection) confirme qu’elle n’est pas favorable à l’implantation de “Sportica 2” dans la zone de la phase réflexe et que cette position formulée plusieurs fois par écrit a été encore récemment rappelée par l’inspecteur en chef de l’ASNR lors d’une visioconférence organisée par le sous-préfet de Dunkerque en présence du maire de Gravelines et de ses services. Cette posture était fermement défendue par l’ASN devenue ASNR en 2025. L’ASN voyait à juste titre dans ce projet “Sportica 2” et sa localisation un affaiblissement notable et dangereux de la maîtrise de l’urbanisation autour des Installations Nucléaires de Base.
Entre 3 et 15 km du complexe nucléaire de Gravelines, sur les communes de Mardyck, de Grande-Synthe… et de Gravelines, il y a sept sites SEVESO seuil haut avec des PPRT (Plan de Prévention des Risques Technologiques) dans lesquels l’installation d’un projet aussi attractif serait sans aucune compromission ou discussion interdite par la DREAL (Direction régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement) des Hauts-de-France et par le ministère de l’Ecologie.
Comble de la confusion qui règne à Gravelines, la Commission Locale d’Information (CLI) de la centrale nucléaire n’a pas jusqu’alors abordé le sujet de “Sportica 2”. Toutefois, elle a participé à la mise en place de l’extension du PPI (Plan Particulier d’Intervention) jusqu’à 20 km du complexe nucléaire de Gravelines. Sous la direction des autorités préfectorales et en fonction de la gravité de l’excursion nucléaire et des conditions météorologiques, le PPI peut imposer dans certaines communes l’évacuation des populations humaines.
Le thème “Sportica 2”, sur proposition de Robin des Bois, est inscrit à l’agenda de la prochaine réunion plénière du HCTISN (Haut Comité pour la Transparence et l’Information sur la Sécurité Nucléaire) en date du 8 octobre 2026.
* Autorité de Sûreté Nucléaire et de Radioprotection
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