La Rochelle : vite et mal !

22 oct. 2025

Ex-usine à gaz – La Rochelle. Communiqué n°3

Le chantier de l’ancienne usine à gaz au cœur de La Rochelle tourne au vice sans fin. La légion de Vinci, l’empereur des travaux publics, de l’immobilier et des autoroutes, s’embourbe malgré les centurions BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières), Ineris (Institut national de l’environnement industriel et des risques), ARS (Agence Régionale de Santé), le mercenaire Speed Rehab et l’éclaireur DREAL (Direction Régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement).


Le scandale immobilier et sanitaire prend ses racines au siècle dernier.
En 1994, Robin des Bois publie son premier inventaire des ex-usines à gaz en France et déclenche une campagne retentissante sur la dépollution bâclée de l’usine à gaz du Cornillon à Saint-Denis (93) et sur sa reconversion express en Stade de France.
En 1995, Robin des Bois publie son deuxième inventaire. Dans les deux inventaires, l’usine de La Rochelle est mentionnée.
En 1996, les premiers efforts des pouvoirs publics et de Gaz de France pour atténuer le scandale et apaiser les inquiétudes des collectivités aboutissent à un protocole d’accord relatif à la maîtrise et au suivi de la réhabilitation des anciens terrains d’usines à gaz signé par le ministère de l’Environnement et Gaz de France. Robin des Bois a été exclu des pourparlers.
En 1997, en application de ce protocole, l’ex-usine à gaz de La Rochelle est versée dans la classe 3 dite banalisable et à sensibilité faible (avec 272 autres sites).
En 2018, Robin des Bois obtient les résumés d’un millier de diagnostics réalisés dans le cadre de la campagne lancée en 2012 par le ministère de l’Ecologie sur l’état sanitaire et environnemental des écoles construites au droit ou à proximité d’anciens sites industriels ou d’activités de services. La liste des établissements concernés était de la responsabilité du BRGM. Le BRGM avait pour mission de croiser les bases de données disponibles (Basol, Base de données sur les sites et sols pollués, et Basias, Base de données des anciens sites industriels et activités de services). Les diagnostics étaient enterrés dans les tiroirs, y compris ceux des chefs d’établissement. L’école de la République est aussi l’école du silence.

Pour La Rochelle, le BRGM avait désigné comme seuls établissements devant faire l’objet d’un diagnostic les écoles maternelle et élémentaire et le collège 6ème/5ème du groupe scolaire privé Fénelon Notre-Dame situés rue Chasseloup-Laubat à cause de la proximité d’un garage-dépôt de carburant exploité entre 1938 et 1970 et d’une cuve de 3000 litres “percée” et “fuyarde” 49 rue Albert 1er, d’une blanchisserie 52 rue Albert 1er et d’une supposée cartoucherie 36 rue Albert 1er (*).

Par conséquent, l’école élémentaire publique 26 rue Massiou et le collège-lycée privé 36 rue Massiou, mitoyens de l’ancienne usine à gaz en exploitation et de l’usine à gaz fermée, sont passés à travers les mailles du filet. Les sols, les sous-sols, l’air intérieur, l’eau du robinet, les cours, les jardins et les aires de jeux n’ont pas été diagnostiqués et aucune alerte n’a été lancée sur les risques pour la santé issus de 121 années d’exploitation (cf. “Les gazofolies de La Rochelle“). Si ces deux établissements avaient été passés au crible de la campagne de dépistage, ils auraient sans doute été versés dans la catégorie C exigeant des mesures techniques de gestion voire des mesures immédiates.

En août 2024, dans la torpeur et l’insouciance, le chantier de dépollution a débuté.

Par anticipation, l’arrêté préfectoral du 17 février 2021 et l’arrêté complémentaire du 2 mai 2024 interdisent sur l’emprise du futur programme immobilier l’utilisation des eaux souterraines, les jardins potagers, la plantation en pleine terre d’arbres fruitiers et de haies à baies. Ils imposent une ventilation minimale assurant un renouvellement de l’air de 0,3 volume par heure dans les locaux résidentiels. L’article 5 de l’arrêté complémentaire est une première dans l’histoire des sites pollués selon Robin des Bois. Il prescrit que les usagers des logements du vieux bâtiment administratif d’Enedis (ex-Gaz de France) désamianté et reconverti en résidence pour étudiants et jeunes actifs ne pourront pas les occuper plus de cinq ans pour éviter les Excès de Risque Individuel liés à une exposition à des agents cancérogènes volatils remontant du parking souterrain (la ventilation dans ce lieu peu fréquentable devra assurer en permanence un renouvellement de l’air de 3 volumes par heure).

Les deux arrêtés préfectoraux sont contraignants pour le futur mais complaisants pour l’immédiat. Ils autorisent les promoteurs à laisser sur place des quantités importantes d’Hydrocarbures Aromatiques Polycycliques (et de cyanure) issues du passé industriel.

Si le chantier de dépollution tel qu’il est planifié va à son terme, les excavations et les forages pour les fondations des immeubles et des maisons du programme immobilier de Vinci seront une nouvelle source de nuisances et de malaises pour les enfants, les personnels scolaires, les riverains et le centre de La Rochelle.

La seule solution viable et fiable, maintenant que le train a été imprudemment lancé, est de tout ralentir et de procéder aux opérations approfondies d’excavation et de pompage des polluants sous une tente de confinement, en aspirant et en filtrant l’air intérieur pour éviter les échappées d’odeurs et de vapeurs irritantes et toxiques. 

Attention, d’autres usines à gaz ont été cédées à Speed Rehab par Engie (ex-Enedis, ex-Gaz de France) aujourd’hui détenteur de ce patrimoine toxique convoité par la spéculation immobilière (voir la carte du programme Speed Rehab). Des chantiers aussi hâtifs que celui de La Rochelle sont en pré-gestation à Arles et à Brest.

* Voir les diagnostics du groupe scolaire Fénelon Notre-Dame :
écoles maternelle et élémentaire
collège 6ème/5ème première phase
collège 6ème/5ème deuxième phase

 

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