Nitrate d’ammonium, entre amnistie et amnésie

17 sept. 2021

Mission nitrate d’ammonium, communiqué n°3

En un siècle, le nitrate d’ammonium a fait au moins 5000 morts, 25.000 blessés et mutilés, 500.000 sans-abris, évacués ou confinés. Tous les continents ont subi les ravages de cette substance bon marché.

Le 21 septembre est le jour fatal du nitrate d’ammonium. C’est le 21 septembre 1921, à Oppau en Allemagne, à 7h32, que l’usine BASF spécialisée dans la production d’engrais à base de nitrate d’ammonium a explosé, faisant 600 morts et disparus dont beaucoup d’enfants, 2000 blessés, 10.000 sans-abris dans un rayon de 30 km. C’est le 21 septembre 2001 à Toulouse, à 10h17, dans l’usine AZF, que 300 tonnes de nitrate d’ammonium ont explosé, faisant 31 morts et 2500 blessés.

Toulouse est une réplique d’Oppau.

Malgré les 21 septembre 1921 et 2001, le nitrate d’ammonium en France est le grand vainqueur d’une guerre de tranchée. La seule mesure forte post-Toulouse a été d’obliger les producteurs, coopératives agricoles, distributeurs ou agriculteurs qui sont détenteurs de plus de 10 tonnes de nitrate d’ammonium défectueux de procéder à l’inscription de leurs stocks dans la rubrique 4703 des ICPE (Installation Classée pour la Protection de l’Environnement). Cette mesure a eu des retombées relativement modestes puisqu’à notre connaissance seulement 4 établissements se sont conformés à cette obligation en annonçant toutefois des stocks inférieurs à 10 tonnes, ce qui leur évite la publicité du label Seveso.

 

En vérité, depuis Toulouse, tout va bien pour la filière nitrate d’ammonium.

N’importe qui peut détenir 499,99 tonnes de nitrate d’ammonium agricole susceptible de déclencher une décomposition auto-entretenue toxique et d’exploser, n’importe qui peut détenir dans un hangar 249,99 tonnes de nitrate d’ammonium haut dosage sans informer les pompiers, les maires et les voisins.

En France, le nitrate d’ammonium est en route libre. Entre le 15 juin et le 15 septembre 2021, au moins 2 camions transportant du nitrate d’ammonium ont pris feu, l’un dans l’Isère, l’autre en Vendée. Dans la douce France des routes départementales, un agriculteur peut sans soucis, sans signalisation, sans permis de transporter des matières dangereuses convoyer jour et nuit 12 tonnes de cet engrais incendiaire et explosif sans être hors la loi ou suspecté de préparer un attentat en bande organisée.

En France, le nitrate d’ammonium est sans gêne. Entre le 15 juin et le 15 septembre 2021, du Pas-de-Calais au Gers, au moins 6 hangars agricoles contenant à la fois des engrais à base de nitrate d’ammonium, du foin, de la paille, du fioul, des bâches, des pneus ont pris feu. En Bretagne, à la mi-août, les pompiers ont eu droit à un feu d’artifice chez un fournisseur en matériels agricoles et horticoles : 100 tonnes d’engrais à base de nitrate d’ammonium, 400 m3 de polystyrène, 60 m3 de bâches en plastique, le tout recouvert par un vieux chapeau en amiante-ciment. Sur 3 km à l’est du sinistre, la consommation et la vente des produits agricoles et potagers ont été provisoirement suspendues sur ordre du préfet.

Pour réduire les risques de catastrophe, il est impératif d’interdire aux coopératives agricoles et aux agriculteurs de stocker dans les mêmes bâtiments du nitrate d’ammonium explosif et toxique et des matières incompatibles. Parmi les mesures d’urgence, il convient aussi d’interdire les trafics maritimes de nitrate d’ammonium dans les ports urbains de Saint-Malo, des Sables-d’Olonne et de Saint-Brieuc.

 

* * *

 

Ceci est le 3ème communiqué publié par Robin des Bois après la publication en mai 2021 du  « rapport sur la gestion des risques liés à la présence d’ammonitrates [nitrate d’ammonium] dans les ports maritimes et fluviaux ». Ce rapport a fait suite à une lettre de mission du 30 septembre 2020 signée par la ministre de l’Environnement et le ministre de l’Economie. Toutes les recommandations de ce rapport sont pertinentes et s’inspirent pour certaines des rapports de l’INERIS, de l’inspection générale de l’agriculture et de l’environnement et de l’avis du Conseil Supérieur des Installations Classées (CSIC)* consécutifs à la catastrophe de Toulouse. Pour preuve de l’oubli au sommet de l’Etat du caractère imprévisible et dévastateur du nitrate d’ammonium, il suffit de lire la première ligne de la lettre de mission : « le dramatique accident survenu à Beyrouth le 4 août 2020 a remis en évidence le danger présenté par des quantités importantes d’ammonitrates … »

Robin des Bois souhaite par ailleurs que les utilisations du nitrate d’ammonium en apiculture et dans les pochettes de froid instantané soient interdites dans les meilleurs délais.

 

* le CSIC est devenu depuis le CSPRT, Conseil Supérieur de la Prévention des Risques Technologiques

 

Quelques publications récentes de Robin des Bois sur le nitrate d’ammonium :
La boîte de Pandore des nitrates d’ammonium. Mission nitrate d’ammonium, Communiqué n°2: le trafic maritime, 4 août 2021
Les porte-conteneurs sont des bombes (bis), 8 juillet 2021
Mission nitrate d’ammonium, Communiqué n°1 : le trafic fluvial, 22 juin 2021
Un Lubrizol agricole évité de justesse, 22 mars 2021
L’agonie d’une fabrique de nitrate d’ammonium, 8 février 2021.
Inspection du nitrate d’ammonium, 1er octobre 2020
Nitrate-Nitro, 21 septembre 2020
Nitrate d’ammonium: accidentologie sur les routes et accidentologie sur les sites de production et d’entreposage en France et à l’étranger, 7 septembre 2020
La cavale de la bombe flottante qui a soufflé Beyrouth, article de Jacky Bonnemains dans le Charlie Hebdo du 12 août 2020 (pdf).
Un port refuge pour le nitrate d’ammonium, 12 déc. 2019

 

 

 

 

 

Imprimer cet article Imprimer cet article