Hobart, le bilan

2 oct. 2026

70ème Commission Baleinière Internationale
Communiqué n°4

La 70ème Commission Baleinière Internationale s’est achevée aujourd’hui.

La résolution sur “les échouages de cétacés en tant que priorité transversale de la Commission Baleinière Internationale” présentée par la Grande-Bretagne et l’Irlande au nom des pays de l’Union européenne a été acceptée par consensus (cf. “Plages tombales”, 29 septembre 2026).

La résolution sur les collisions entre les cétacés et les navires présentée par l’Irlande au nom des pays de l’Union européenne a été acceptée par vote. Seuls Antigua-et-Barbuda, l’Inde, les Iles Marshall, le Maroc et les Etats-Unis d’Amérique ont voté contre. Pourtant les côtes des Etats-Unis sont des routes de la mort pour les baleines (cf. “La baleine bleue entre Charybde et Scylla”, 1er octobre 2026).

La résolution sur “le commerce mondial des vessies natatoires et les prises accidentelles de cétacés menacés” a été acceptée par vote. Seuls la Corée du Sud, Nauru, la Norvège et les Etats-Unis ont voté contre. Les vessies natatoires ou vessies gazeuses permettent à la plupart des poissons à squelette osseux de réguler la profondeur de leur nage. Elles font partie dans la cuisine chinoise des quatre “délices de la mer” avec les concombres de mer, les ormeaux et les ailerons de requins. Les vessies séchées de totoabas, des poissons endémiques de la mer de Cortés, sont les plus recherchées et les plus rares. Elles atteignent le prix astronomique de 70.000 €/kg. Le marché des vessies natatoires pèse à l’échelle mondiale 250 millions d’euros/an. Il est en expansion incontrôlable.  La demande stimulée par des prétendues vertus régénératives et aphrodisiaques garantissant en somme à la peau et au corps une jeunesse éternelle s’étend aujourd’hui à au moins une trentaine d’espèces dans l’océan mondial. Les plus ciblées sont de la famille des sciénidés comme les totoabas, les acoupas et les courbines.

Les filets maillants, les trémails et les autres engins de pêche utilisés par la pêcherie capturent aussi des petits cétacés comme les vaquitas en danger imminent d’extinction, les dauphins de Guyane, les marsouins aptères, les dauphins de l’Irrawaddy, les dauphins à bosse de l’Indopacifique, de l’Atlantique, d’Australie et de l’océan Indien. La résolution encourage notamment les Etats Membres à surveiller et à réglementer le commerce des poissons capturés pour leurs vessies afin de réduire les prises accessoires de cétacés. Le meilleur outil serait l’inscription de certaines espèces aux Annexes de la CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvage menacées d’extinction). D’ailleurs, face à l’irruption du trafic de vessies natatoires d’acoupas rouges dans les eaux de la Guyane depuis 2017 (1), Robin des Bois a demandé au gouvernement français de proposer l’inscription de l’espèce en Annexe II (contrôle du commerce), ce qui a été acté dans la Stratégie Nationale Mer et Littoral 2024-2030. Cet engagement n’a pas pour l’instant eu de suite.

Dauphins de Guyane © Jap Smits

La Commission Baleinière Internationale va poursuivre ses travaux sur les contributions positives des baleines aux écosystèmes (cf. “Les baleines au service des océans”, 28 septembre 2026).

La proposition de création d’un sanctuaire baleinier dans l’Atlantique Sud présentée par l’Argentine, le Brésil et l’Uruguay avec le soutien du Gabon a été refusée par 39 voix pour, 18 contre et 3 abstentions (cf. les deux derniers paragraphes de “Plages tombales”, 29 septembre 2026). Il fallait les trois-quarts des votes exprimés pour que cette proposition aboutisse, soit 43 voix favorables. L’Afrique du Sud qui serait dans le périmètre du sanctuaire, les Etats-Unis, les pays de l’Union européenne et tous les pays d’Amérique du Sud ont voté pour sauf le Suriname. Cinq pays africains riverains de l’océan Atlantique ont voté contre (Bénin, Côte d’Ivoire, Mauritanie, Maroc et Sénégal) bien qu’ils ne soient pas inclus dans le projet de sanctuaire. La Côte d’Ivoire et le Sénégal sont favorables “à l’utilisation durable des ressources marines vivantes, y compris les baleines”.

Le Brésil souhaite la création de ce sanctuaire depuis 1998 et l’a soumis pour la première fois au vote de la CBI en 2001. Le Brésil a annoncé son intention de renouveler sa proposition, aussi longtemps qu’elle n’aura pas été acceptée. Le grand jour pourrait survenir à la 71ème réunion plénière de la CBI si elle se tient comme il est envisagé en Afrique du Sud.

Pays présents à Hobart:
La Commission Baleinière Internationale compte 89 Etats parties. La Türkiye a rejoint la Commission en 2025.  Aujourd’hui, dernier jour de la Commission, 60 pays étaient présents à Hobart et disposaient d’un droit de vote (contre 47 le premier jour) : Afrique du Sud, Allemagne, Antigua-et-Barbuda, Argentine, Australie, Autriche, Belgique, Bénin, Brésil, Bulgarie, Cambodge, Chili, Colombie, Corée du Sud, Costa Rica, Côte d’Ivoire, Croatie, Chypre, Danemark, Espagne, Etats-Unis d’Amérique, France, Grenade, Hongrie, Islande, Inde, Irlande, Italie, Laos, Lituanie, Iles Marshall, Maroc, Mauritanie, Mexique, Monaco, Nauru (Naoero), Nicaragua, Nouvelle Zélande, Norvège, Palau, Panama, Pays-Bas, Pérou, Pologne, Portugal, République Dominicaine, République Tchèque, Royaume-Uni, Saint-Kitts-et-Nevis, Sainte-Lucie, Saint-Vincent, Sénégal, Slovaquie, Slovénie, Suriname, Suède, Suisse, Türkiye, Tuvalu, Uruguay.

 

(1) Cf. “A la Trace” n°19 p.12.
https://robindesbois.org/wp-content/uploads/A_LA_TRACE_19.pdf

 

70ème Commission Baleinière Internationale
“Les baleines au service des océans”, 28 septembre 2026
“Plages tombales”, 29 septembre 2026
La baleine bleue entre Charybde et Scylla, 1er octobre 2026

 

 

 

 

 

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