On a craché sur la Lune

6 août 2026

L’étage supérieur de la fusée Falcon 9 lancée par SpaceX en collaboration avec la NASA le 15 janvier 2025 depuis le centre spatial Kennedy en Floride s’est crashé à 8690 km/h dans l’hémisphère nord de la Lune hier matin mercredi 5 août 2026. Cette agression du corps céleste provoquée par une erreur ou une négligence de pilotage de la mission commerciale Blue Ghost 1 a creusé un cratère et dégagé un panache de plusieurs dizaines de kilomètres de poussières géologiques lunaires et de poussières toxiques provenant de l’inventivité humaine, de la désintégration de l’étage supérieur de la fusée (15 à 20 m de long, 3,9 tonnes) et des substances et matériaux nocifs embarqués.

Ce tremblement de Lune est perçu par la NASA comme une opportunité pour étudier la dispersion des débris à la surface de la Lune et la résistance de la Lune aux secousses sismiques. Sa porte-parole a déclaré que cet évènement est “une méthode techniquement acceptée et sûre pour se débarrasser de matériels en orbite lunaire basse”. Cette vision utilitaire de la Lune démontre que pour les Etats-Unis d’Amérique, la conquête de nouveaux espaces habitables et de nouvelles ressources commence par l’ouverture d’une décharge sauvage, sans prendre en compte les risques de contamination persistante de l’environnement extra-terrestre.

Il est vrai qu’à cet égard, les Etats-Unis d’Amérique sont libres de tout engagement. “L’accord régissant les activités des Etats sur la Lune et les autres corps célestes” ouvert à la signature en 1979 sous la tutelle de l’Organisation des Nations Unies était ratifié en 2011 par 10 Etats. Quinze ans plus tard, seuls 17 Etats l’ont ratifié (1) et aucun d’entre eux n’est engagé dans la course à la conquête de la Lune. Cet accord dans son article 7 dit que “lorsqu’ils explorent et utilisent la Lune, les Etats parties prennent des mesures pour éviter de perturber l’équilibre existant du milieu en lui faisant subir des transformations nocives, en le contaminant dangereusement par l’apport de matière étrangère ou d’une autre façon”.

En 2011, dans son rapport “Les déchets dans l’espace” (2), Robin des Bois avait recensé 180 tonnes de déchets produits par l’humanité dispersés sur la Lune depuis 1959. En 2018, il y en avait 200 tonnes. Aujourd’hui, la quantité est estimée à près de 223 tonnes.

En été 2026, la Terre brûle, et sur la Lune l’humanité a ouvert en un clin d’œil un site pollué.

Un incendie à Boston au clair de lune (détails), Robert Salmon, vers 1830-1835

 

(1) Arménie, Australie, Autriche, Belgique, Chili, Kazakhstan, Koweït, Liban, Mexique, Maroc, Pays-Bas, Pakistan, Pérou, Philippines, Türkiye, Uruguay et Venezuela.

(2) Les déchets dans l’espace, Robin des Bois, 2011

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