Bonne journée pour les arbres

18 nov. 2022

Communiqué CITES CoP19 n°2
Panama

Ipé. Amérique latine et Caraïbes dont la Guyane
La proposition de la Colombie, du Panama et de l’Union européenne d’inscrire en Annexe II les ipés (contrôle du commerce international) a été acceptée par 86 voix pour, 17 contre et 18 abstentions. L’Annexe II ne va pas supprimer l’exploitation des ipés. Elle va soumettre leur commercialisation à des vérifications administratives gênantes pour les exploitants forestiers et les acheteurs. Elle va aussi compliquer le travail des contrebandiers. Le Brésil avait préparé une proposition similaire il y a 3 ans pour la 18ème session plénière de la CITES. Elle avait été retirée au dernier moment suite à l’accession de Jair Bolsonaro à la présidence du Brésil. Nouvellement élu, Lula da Silva ne sera en exercice qu’à partir du 1er janvier 2023 et la délégation brésilienne “ancien régime” s’est opposée à cette proposition. Elle a réussi avec la Bolivie à obtenir un délai de 24 mois avant l’entrée en vigueur de l’inscription. Les pillards vont avoir le temps de couper à tout va et de constituer des stocks. Le Royaume-Uni a souligné ce risque. Néanmoins, cette entrée de l’ipé à l’Annexe II est une très bonne nouvelle. Les Etats-Unis, gros importateur, ont voté contre.
L’appellation ipé couvre 113 espèces d’arbres des genres HandroanthusRoseodendron et Tabebuia également nommés ébènes vertes ou arbres à trompettes en référence à leurs fleurs. Les exportations depuis l’Amazonie brésilienne ont augmenté de 500 % entre 1998 et 2004. La France a joué un rôle moteur dans le boom du pillage des forêts tropicales denses des Amériques centrale et latine en assurant la promotion de l’ipé en planches à travers des constructions prestigieuses comme l’esplanade de la Bibliothèque nationale de France ou les bancs des Champs-Elysées qui ont valu à Robin des Bois d’être attaqué en justice par la mairie de Paris en 1995 après leur estampillage propre et net au pochoir avec le label “Propriété des indiens”. Une des méthodes pour écouler sur le marché international le bois pillé sur les territoires indigènes et dans les zones protégées est de gonfler les inventaires préalables à l’ouverture d’une concession forestière légale et d’utiliser le faux excédent pour blanchir les arbres abattus illégalement ailleurs. Traçabilité bidouillée et faux documents officiels sont les piliers du pillage. La saisie réalisée par les autorités brésiliennes dans le nord du Mato Grosso en 2016 de 350 m3 d’ipé (18 camions) était destinée à la Belgique, aux Etats-Unis et à la France. Un m3 de planches d’ipé se vend entre 2000 et 3000 €.
Les ipés sont un habitat indispensable pour les oiseaux nicheurs comme les aras. Ils sont une source de pollen et de nectar pour les abeilles, les papillons, les colibris. Les singes hurleurs, les cerfs mazama et les oiseaux trogons couroucou se nourrissent de leurs fleurs pendant la saison sèche.

© Marcio Santos Ferreira

Cf. “Robin des Bois contre la Mairie de Paris”, 30 janv. 1995
https://robindesbois.org/robin-des-bois-contre-la-mairie-de-paris/

Cumaru, dit aussi tonka ou gaïac de Cayenne (Dipteryx spp.). Amérique latine dont la Guyane
La proposition originale de la Colombie, du Panama et de l’Union européenne visait l’inscription en Annexe II de tout le genre Dipteryx présent en Amérique centrale et du Sud. Son bois dense et dur est employé pour les parquets de sols intérieurs et extérieurs (1150 €/m3). Ses graines commercialisées sous le nom de fèves tonka sont utilisées en alimentation et en parfumerie pour leurs arômes et fragrances associés à la vanille, au patchouli, au santal ou au musc. Elles contiennent de la coumarine en forte concentration, toxique pour le foie en grande quantité et à ce titre interdite comme additif alimentaire aux Etats-Unis et dans l’Union européenne. La récolte des graines pénalise la régénération des populations sauvages. La proposition originale soulignait que ce détournement des graines se cumulait avec l’exploitation des arbres et contribuait à l’extinction à moyen terme du cumaru. Face à l’opposition du Brésil, du Suriname, de la Bolivie, du Pérou et du Guyana, les proposants ont dû faire marche arrière. Le cumaru entre bien en Annexe II à l’exclusion de ses graines et avec un délai d’entrée en vigueur de 24 mois. La proposition amendée a obtenu 74 voix pour, 13 contre et 18 abstentions. Certaines espèces atteignent la maturité reproductive et commencent à porter des fruits à 170 ans. Les cavités des troncs de Dipteryx micrantha sont des sites de nidification de nombreuses espèces menacées comme l’ara de Buffon, l’ara macao et l’ara chloroptère. La harpie féroce niche à ses sommets. Elle fait l’objet d’un braconnage. Les chauves-souris, les perroquets, les agoutis, les pécaris, les cerfs, les tapirs, les colibris et les abeilles se nourrissent de leurs fruits, graines et fleurs.

Harpie féroce © bzimmerbirds

Doussié ou acajou africain (Afzelia africanaA. bipindensisA. pachyloba et A. quanzensis). Afrique
La proposition du Bénin, du Botswana, du Liberia, du Malawi, du Sénégal et de l’Union européenne d’inscrire 4 espèces de doussié à l’Annexe II a été acceptée par 95 voix pour, 12 contre dont la République centrafricaine, le Cameroun, le Congo et le Gabon, et 17 abstentions.
Les doussiés vivent de l’Afrique subsaharienne jusqu’au Mozambique. Ils améliorent la fertilité des sols en fixant l’azote. Leurs graines entrent dans le régime alimentaire d’oiseaux, de singes et d’écureuils, leurs feuilles dans le régime alimentaire des céphalophes de Grimm et des éléphants. Les doussiés sont utilisés en Afrique dans la médecine traditionnelle, la cuisine, la fabrication de savon, pour le fourrage du bétail (feuilles et branches) et en bois d’œuvre et de chauffage. Au Burkina Faso, certaines ethnies les considèrent comme sacrés. La surexploitation est dopée par le marché international. Les doussiés sont exportés aux Etats-Unis, dans l’Union européenne et en Chine pour le bâtiment, la construction navale de luxe, les placages décoratifs et l’ameublement. Les Etats-Unis ont voté contre la proposition, la Chine s’est abstenue. Peu d’espèces incarnent à ce point le pillage des ressources naturelles africaines. Selon les termes de la proposition, “pour chaque arbre Afzelia africana prélevé en Ouganda en 2018, les propriétaires fonciers auraient gagné 2,5 à 15 US$, alors que les grumes atteignaient une valeur de 50.000 US$ après leur arrivée en Chine.” Les abattages illégaux en Ouganda pour alimenter le marché chinois sont qualifiées “d’endémiques”.

Padouk (Pterocarpus spp.). Afrique
Deux espèces de padouk (Pterocarpus erinaceus et P. tinctorius) sont déjà inscrites en Annexe II de la CITES depuis 2017 et 2019. La Côte d’Ivoire, le Libéria, le Malawi, le Sénégal et l’Union européenne demandaient cette année l’inscription de tout le genre Pterocarpus soit 12 espèces présentes dans 34 pays d’Afrique de l’ouest, de l’est et centrale. Elles sont commercialisées sous le nom de padouk, vène ou bois de rose. Sous l’appellation de “hongmu”, la Chine en fait des meubles à la chaîne. Pour les colobes et les chimpanzés, les feuilles de padouk sont des repas délicieux. La République du Congo et le Cameroun étaient défavorables mais leur isolement les a conduits à ne pas s’opposer à l’approbation de la proposition par consensus.

Acajou d’Afrique (Khaya spp.). Afrique de l’ouest et centrale
La proposition du Bénin, de la Gambie, du Liberia, de Madagascar, du Malawi, du Sénégal et de l’Union européenne d’inscrire les 6 espèces du genre Khaya à l’Annexe II a été approuvée par consensus. Là encore, le Cameroun a lâché du lest. L’acajou d’Afrique est principalement exporté depuis le Gabon, le Cameroun, le Congo, la Côte d’Ivoire et la République démocratique du Congo, toujours à destination de la Chine, des Etats-Unis d’Amérique et de l’Union européenne.

 

 

 

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