Les hauts et les bas de la CITES

21 nov. 2022

Communiqué CITES CoP19 n°4
Panama

Holothurie ananas (Thelenota ananas), holothurie géante (T. anax) et holothurie à lignes rouges (T. rubralineata)
La proposition de l’Union européenne, des Seychelles et des Etats-Unis d’inscription des 3 espèces du genre Thelenota à l’Annexe II a été acceptée par 97 voix pour, 16 contre et 15 abstentions. L’inscription entrera en vigueur dans un délai de 18 mois. La France, à l’initiative de cette proposition, a insisté sur le rôle clef des concombres de mer dans les écosystèmes. Dans les fonds marins, les concombres de mer ont un rôle comparable à celui des vers de terre. La Chine, principal marché, s’y est opposée tandis que la China Aquatic Products Processing Marketing Alliance a fait miroiter des projets d’élevage qui résoudraient tous les problèmes. Ont également voté contre: Antigua-et-Barbuda, le Cambodge, le Canada, le Japon, le Lesotho, les Maldives, la Norvège, la Papouasie-Nouvelle-Guinée, les Philippines, Singapour, les Iles Salomon, le Suriname, la Thaïlande, le Vietnam et le Zimbabwe.
La Russie dont les eaux souffrent du pillage d’autres espèces de concombres de mer a voté en faveur de la proposition. Les lettres de créance de l’Ukraine ne sont toujours pas arrivées et elle n’est donc pas autorisée à voter.
Afin de faciliter le travail des douaniers, le Muséum d’Histoire Naturelle français vient de publier un guide d’identification des espèces de concombres de mer les plus souvent rencontrées dans le commerce. Ce guide a été traduit en anglais, en espagnol et en chinois.
Français :

https://inpn.mnhn.fr/docs/CITES/Guide-identification-concombres-de-mer-2022-FR.pdf
Anglais :
https://inpn.mnhn.fr/docs/CITES/Guide-identification-concombres-de-mer-2022-EN.pdf
Espagnol :
https://inpn.mnhn.fr/docs/CITES/Guide-identification-concombres-de-mer-2022-ES.pdf
Chinois :
https://inpn.mnhn.fr/docs/CITES/Guide-identification-concombres-de-mer-2022-CN.pdf
Les holothuries ananas remercient les Seychelles, les Etats-Unis et l’Union européenne
© Neoswayne

Requins-requiem. Famille Carcharhinidae
Les requins gris de récif, les requins sombres, les requins tiqueues, les requins du Gange, les requins gris, les requins de Bornéo, les requins-baliai, les requins-citron faucille, les requins de récif, les requins bécunes, les requins nez blanc, les requins nez noir, les requins à joues blanches, les requins Carcharhinus leiodon, les requins Carcharhinus obsoletus, les requins Carcharhinus signatus, les requins Carcharhinus cerdale, les requins Lamiopsis tephrodes et les requins Lamiopsis temminckii, toute la famille des Carcharhinidae dite aussi requins-requiem et les requins carcharhiniformes dont le requin bleu, ont été inscrits à l’Annexe II avec un délai de 12 mois avant l’entrée en vigueur après un vote à bulletin secret demandé par le Japon, la Mauritanie, l’Islande et Antigua-et-Barbuda (88 voix pour, 29 contre et 17 abstentions). La proposition émanait de la République arabe syrienne, d’Israël, du Bangladesh, de la Colombie, de la République dominicaine, de l’Equateur, du Salvador, de l’Union européenne, du Gabon, des Maldives, du Panama, du Sénégal, des Seychelles, du Sri Lanka et du Royaume-Uni. C’était l’union sacrée pour les requins-requiem et les requins similaires. Les ailerons d’au moins 35 de ces espèces notamment les ailerons des requins gris sont vendus dans les marchés aux poissons de Hong Kong. L’application stricte de l’Annexe II devrait faciliter la lutte contre la contrebande.

Requins-marteau. Famille Sphyrnidae
Les ailerons séchés des requins-marteaux sont très recherchés en Asie et dans les communautés asiatiques installées dans le monde entier. Les routes principales de la contrebande partent d’Amérique du Sud vers Hong Kong, la Chine continentale et les USA et d’Afrique vers le Sud-Est asiatique. La proposition d’inscription de toutes les espèces de requins-marteaux à l’Annexe II a été acceptée par consensus. Trois sont déjà inscrites à l’Annexe II depuis 2013 (le requin-marteau halicorne, le grand requin-marteau et le requin-marteau commun). Par effet de report, les espèces de taille inférieure, à savoir les requins-marteaux tiburo, les Sphyrna media, les Sphyrna tudes, les Sphyrna corona, les Sphyrna gilberti et les Eusphyra blochii, sont entrées dans le commerce international pour leur viande mais surtout pour leurs ailerons.

Raies-guitares ou guitares de mer. Famille Rhinobatidae
Leurs nageoires tendent à se substituer sur les marchés internationaux aux ailerons de requin. La proposition d’Israël, du Kenya, du Panama et du Sénégal d’inscrire toutes les espèces à l’Annexe II a été acceptée par 101 voix pour, 14 contre et 3 abstentions. Le Japon, l’Indonésie et la Chine étaient fermement contre.

Raies d’eau douce Potamotrygon albimaculataP. henleiP. jabutiP. leopoldiP. marquesiP. signata et P.wallacei
La proposition brésilienne d’inscription à l’Annexe II a été acceptée par consensus.
Cf. “Panama, la grande braderie des animaux et des végétaux sauvages“, communiqué du 14 novembre 2022.

Pléco-zèbre (Hypancistrus zebra)
La proposition du Brésil d’inscrire le pléco-zèbre à l’Annexe I (interdiction du commerce international) a été refusée par 62 voix pour, 52 contre et 15 abstentions. La majorité des 2/3 est requise. En ayant voté contre, les 27 pays de l’Union européenne ont été responsables de cet échec. Même les Etats-Unis d’Amérique, où le lobby du business de l’aquariophilie est considérable, ont voté pour. La proposition alternative de l’Union européenne d’un maintien à l’Annexe II avec un quota zéro d’exportation a été retoquée (60 voix pour, 52 voix contre et 12 abstentions). Il est possible et souhaitable que les discussions soient rouvertes en plénière cette semaine.
Cf. “Panama, la grande braderie des animaux et des végétaux sauvages“, communiqué du 14 novembre 2022.

Hippopotame (Hippopotamus amphibius)

Les hippopotames sont furieux contre l’Union européenne
Photo s9-4pr

La proposition du Bénin, du Burkina Faso, de la République centrafricaine, du Gabon, de la Guinée, du Liberia, du Mali, du Niger, du Sénégal et du Togo, soutenus à la tribune par l’Ouganda, le Cameroun et Israël, de maintenir les hippopotames à l’Annexe II tout en fixant à zéro les quotas d’exportation a été refusée par 56 voix pour, 56 voix contre et 13 abstentions.
Eléphants et hippos sont dans le même bateau. Le délégué du Mali l’a réaffirmé : “A l’heure de la fermeture des marchés nationaux de l’ivoire, il est connu que l’ivoire d’hippopotame est maintenant un produit de substitution à l’ivoire d’éléphant”. “A la Trace”, le trimestriel d’information et d’analyses sur le braconnage et la contrebande d’animaux menacés d’extinction publié par Robin des Bois, confirme à sa façon la déclaration du Mali.
L’Union européenne en accord avec le WWF s’est opposée à cette proposition malgré les concessions des pays proposants. La version originale recommandait une Annexe I pure et simple. Une abstention des 27 pays de l’UE aurait permis aux hippopotames de passer la barre. Soutenue par le Zimbabwe, l’Eswatini, l’Afrique du Sud, le Malawi et la Zambie, l’UE a fait une contre-proposition à tiroirs qui aurait posé des problèmes d’application aux douaniers et conduit les hippopotames dans la même impasse que les éléphants (quota zéro pour toute l’Afrique … sauf pour l’Afrique australe). La contre-proposition européenne de scission de l’espèce n’a heureusement pas été acceptée (58 pour, 51 contre et 14 abstentions). Il va falloir revenir à charge pour les hippos à la prochaine CITES.

Elephants (Loxodonta africana)
Le Zimbabwe, le Botswana, l’Afrique du Sud et la Namibie ont échoué à rouvrir le commerce de l’ivoire et des peaux (83 voix contre, 15 pour et 17 abstentions). Cf. la deuxième partie du chapitre Eléphants dans le communiqué “Panama, la grande braderie des animaux et des végétaux sauvages“. Ils ont été soutenus notamment par la République Démocratique du Congo, l’Eswatini (ex-Swaziland), la Zambie, la Tanzanie, le Cambodge, Cuba, et plus étonnant et inquiétant, par la Chine qui a pourtant fermé son marché domestique d’ivoire d’éléphant. Le Japon, fervent défenseur du trafic international, a aussi soutenu la proposition du Zimbabwe et des 3 pays d’Afrique australe.
Le Burkina Faso, la Guinée Equatoriale, le Mali et le Sénégal proposaient au contraire un retour de toutes les populations d’éléphants d’Afrique à l’Annexe I. Actuellement, lorsque les éléphants ont le malheur de transiter par le Zimbabwe, le Botswana, l’Afrique du Sud ou la Namibie, ils sont à l’Annexe II. “Les éléphants doivent être protégés de tout commerce. 76 populations sont transfrontières. Les frontières déterminées par les hommes n’ont pas de sens pour les éléphants” a déclaré le délégué du Burkina Faso. “L’éléphant fait l’objet de beaucoup de convoitise par les réseaux criminels et il est menacé par le développement fulgurant du braconnage, avec des armes de plus en plus sophistiquées” a rappelé le délégué de la République du Congo.
L’Union européenne et les Etats-Unis d’Amérique ont voté contre la volonté de la majorité des pays d’Afrique qui ont pris part au vote. La proposition a échoué par 59 voix contre, 44 pour et 13 abstentions.
Saluons les pays qui ont voté pour le retour de tous les éléphants à l’Annexe I : l’Algérie, l’Argentine, l’Australie, le Bangladesh, le Bénin, le Burkina Faso, le Burundi, la République centrafricaine, les Comores, la République du Congo, le Costa Rica, la République dominicaine, le Salvador, l’Ethiopie, les Fidji, le Gabon, la Gambie, le Ghana, le Guatemala, la Guinée, la Guinée-Bissau, le Honduras, Israël, le Kenya, le Koweït, le Libéria, le Mali, la Mauritanie, Monaco, le Maroc, la Nouvelle-Zélande, le Niger, le Nigeria, le Panama, le Paraguay, le Pérou, la Russie, le Sénégal, la Sierra Leone, le Soudan, le Togo, la Tunisie, l’Uruguay et le Vietnam.

 

 

 

 

 

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